Tracy Moore, animatrice de Cityline, l’émission sur les modes de vie qui est en ondes depuis le plus longtemps au Canada, s’entretient avec Kathleen pour discuter de ce qu’il faut pour composer avec le fait d’être à la fois propriétaire d’entreprise, mère et personnalité de la télévision. Cet entretien rafraîchissant et authentique sur une situation dans laquelle on peut facilement se reconnaître présente ce qu’il faut faire pour demeurer soi-même tout en gérant ses propres attentes par rapport à ce que la société attend des femmes aujourd’hui.

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Kathleen Burns Kingsbury Tracy Moore anime Cityline, l’émission sur les modes de vie qui est en ondes depuis le plus longtemps au Canada. En plus d’être une maman dynamique de deux jeunes enfants, elle s’est fait connaître pour son style décontracté, son rire facile, et son amour de la mode, de la forme physique et de tout ce qui touche les chaussures. Née à Toronto et ayant grandi à Richmond Hill, Tracy a gravi les échelons dans les médias avant d’accéder à son poste actuel d’animatrice de CityLine. Après avoir passé huit années dans le secteur des médias, elle prend une brève pause en 2008 pour avoir son premier enfant, Sidney Nicholas. Elle confie que le fait de reprendre un poste comme celui d’animatrice de CityLine était une superbe façon de réintégrer le milieu du travail. Deux ans plus tard, elle donne naissance à son deuxième enfant, Ava Simone. Tracy soutient qu’à ce jour être mère est sans conteste sa plus grande réalisation. Tracy a également fait remarquer que, pour pouvoir composer avec deux jeunes enfants, un mari et une carrière, il faut avoir le sens de l’équilibre d’un fildefériste et les habiletés de jonglage d’une pieuvre. Ce qu’elle sait maintenant, c’est qu’on peut régler la plupart des situations avec une bonne dose de rire. C’est très inspirant de vous avoir aujourd’hui en baladodiffusion, Tracy! Bienvenue!

Tracy Moore : Merci infiniment. Je suis ravie de pouvoir discuter avec vous aujourd’hui des femmes, des affaires, de tout et de rien.

KBK : Vous animez CityLine depuis maintenant près de 10 ans, n’est-ce pas?

TM : C’est exact. J’avais deux ans quand j’ai commencé.

KBK : *Rires* Beaucoup de temps s’est écoulé, et vous avez deux enfants, vous êtes une épouse, une femme d’affaires et une animatrice à la télé. Comment arrivez-vous à jongler avec ces rôles? On a l’impression que ça doit être compliqué.

TM : C’est compliqué… et vous savez quoi? Je suis une mauvaise jongleuse. L’admettre ne me dérange pas. Il y a plusieurs rôles que nous sommes nombreuses à jouer – comme mère, propriétaire d’entreprise, femme de carrière, épouse, sœur – et ça n’en finit plus. Je me suis en quelque sorte délestée de l’attente d’être capable de jongler sans effort avec plusieurs choses parce que ce n’est pas le genre de vie que j’allais vivre. Et d’essayer d’être à la hauteur d’une attente que vous ne pouvez pas maîtriser? C’est trop déprimant. Voilà pourquoi je ne jongle pas toute seule. Je bénéficie d’un maximum de soutien. Je peux compter sur mon mari de différentes et innombrables manières. C’est un coparent au sens premier du terme. Il m’arrive de ne pouvoir tenir un engagement. Et parfois, ce sont mes enfants, ma carrière, mon côté affaires qui écopent. Je n’y vois pas d’inconvénient. Je me suis réconciliée avec ce fait.

KBK : Alors, permettez-moi de vous demander ceci… À quel point est-ce que vous n’y voyez pas d’inconvénient? Parce que je suis consciente que la société met beaucoup de pression sur les femmes pour qu’elles parviennent à un genre d’équilibre travail-vie personnelle, et à mon avis, vous avez accepté le fait qu’il n’y pas de conciliation parfaite travail-vie personnelle. Comment en êtes-vous arrivée à accepter de ne pas y voir d’inconvénient? C’est un dur combat pour tellement de gens.

TM : C’est en effet un combat, et il ne s’est pas produit du jour au lendemain. Je crois que c’est à force de me sentir coupable, de situation en situation, pour ce qui s’était produit et pour avoir laissé tomber quelqu’un – ma famille, ou moi-même, ou mon travail – que j’ai réalisé qu’il me faudrait recourir à une compétence différente et adopter une perspective quelque peu différente en ce qui concerne mon existence. La perfection n’est pas de ce monde tout comme aspirer à la perfection – je ne crois pas qu’une vie parfaite puisse exister. Je compare ma vie à un sandwich, et ce sandwich est « tout croche ». Si vous achetez un sandwich dans un magasin, son apparence est bien ordonnée. Il y a du bacon ici, de la mayonnaise là, et tout est tranché à la perfection. Ma vie ressemble à un sandwich « tout croche » qui tombe en miettes, le bacon s’échappe, une partie de la mayonnaise est tombée dans l’assiette et je ne vois pas d’inconvénient à tremper mon sandwich dans la mayonnaise et à avaler ce gros gâchis pâteux. De toute façon, tout ça va au même endroit et je suis heureuse de la vie désordonnée que je mène. Aspirer à la perfection, c’est tout simplement trop demander.

KBK : Certainement que c’est trop demander, et j’aime bien l’image du sandwich « tout croche ». Maintenant, avant de passer en quelque sorte à des conseils qui permettent d’accepter sa vie et de se faire à l’idée que tout ne sera pas nécessairement équilibré tout le temps, sachez que je me suis toujours questionnée sur le point suivant. Pourquoi, selon vous, la société impose-t-elle aux femmes un standard aussi élevé en ce qui concerne l’idée que, de quelque façon que ce soit, nous sommes censées être parfaites à la maison et au travail. Qu’en pensez-vous?

TM : J’ai actuellement l’impression que cette perspective ne cesse d’empirer. Ma mère, qui a travaillé pendant 34 ans comme diététiste dans un hôpital, a eu une vie difficile et devait utiliser les transports publics tous les jours pour se rendre au travail et quand elle voit la vie que je mène, elle me dit : « Je me demande comment tu fais. » Parce que les attentes ne cessent d’augmenter d’une génération à l’autre. Aujourd’hui, une femme n’est pas censée se contenter d’être une femme de carrière instruite, elle doit également avoir une famille, tout en demeurant belle et en réussissant son mariage. Je crois que les attentes sont véritablement hors de contrôle et que, dans un certain sens, nous sommes tentées de critiquer les médias sociaux parce que nous nous sentons obligées d’adopter certains modes de vie dont ils font la promotion. Selon moi, lorsque les femmes ont commencé à s’instruire et à investir le marché du travail, on croyait qu’elles ne pourraient pas en même temps continuer à s’occuper de tout à la maison. Et en réalité, nous continuons à le faire. Je crois que nous devons nous délester de cette attente. Aux personnes qui me suivent à la télévision et sur les médias sociaux, je parle en toute sincérité de choses auxquelles j’avoue ne rien connaître ou presque, et je reçois toujours de ces personnes une réaction massive des plus sincères. Parce que nous sommes presque toutes dans le même bateau.

KBK : Ce qui me plaît dans tout cela, c’est que vous faites figure d’exemple et de modèle pour cette attente énormément élevée, qui est irréaliste. Je dois convenir avec vous que c’est effectivement irréaliste. Entre autres choses qui me sont venues à l’esprit, c’est que la technologie a été créée pour nous simplifier la vie, mais je trouve souvent qu’elle nous la complique encore plus. Les médias sociaux permettent de nous présenter sous notre meilleur jour. Nous ne désirons pas nécessairement partager les choses qui ne vont pas bien ou dérapent, ou qui deviennent désordonnées – comme vous l’avez dit. Tracy, si les personnes qui nous écoutent s’interrogent ou, en fait, s’identifient à ce combat, quels conseils leur donneriez-vous pour commencer à se délester de tout cela? Parce que je crois que si chacune de nous commence à se délester de ces attentes, nous pourrons changer la perception que nous avons de nous-mêmes et des autres femmes.

TM : Je mettrais au défi les femmes de commencer à montrer leur vrai côté et à mesurer la réaction des gens. Quand je suis devenue maman, j’ai fait une dépression postpartum, mais comme j’étais en même temps une personnalité de la télévision et que je tenais un blogue, j’ai menti. À ma toute première fête des Mères, j’ai envoyé un message sur le Web dans lequel je disais que c’était le plus beau jour de ma vie, ma toute première fête des Mères en qualité de mère, alors qu’en vérité je souffrais. La journée a été horrible, le bébé a pleuré sans arrêt. Je me suis sentie confuse et submergée. Deux ou trois semaines plus tard, j’ai écrit dans un billet : « en passant, je suis une menteuse. En ce moment, je suis dans un trou très noir. J’ai perdu tout contrôle sur ma vie. » Neuf ans plus tard (parce que mon fils a neuf ans), je reçois encore des réactions à ce billet. Si vous osez montrer votre vrai moi aux gens qui vous entourent ou à la société en général, je pense bien que la façon de réagir des gens vous surprendra. Ce genre de réaction vous donnera confiance et vous pourrez commencer à faire davantage connaître votre moi authentique.

KBK : Vous me voyez désolée d’apprendre d’abord que vous avez lutté contre une dépression postpartum, mais je sais également que c’est très courant. On dirait bien que votre vulnérabilité vous a amenée à non seulement vous imposer moins de pression, mais également à établir des liens véritables avec les membres de votre auditoire.

TM : Tout à fait. J’ai été journaliste de télévision et, quand on se met dans la peau du journaliste, on doit faire preuve de beaucoup d’objectivité et ne pas parler de soi. Mon passage des nouvelles aux modes de vie a fait en sorte que les gens ont commencé à s’intéresser à moi comme personne. Ce qui pour moi était totalement bizarre. Les gens voulaient entendre parler de mon mariage, de la mère en moi, de ma relation avec mes parents, de ce que je mangeais à l’heure des repas, et, tiens donc, du magasin où j’ai acheté une jupe. Au début, j’arrivais difficilement à concevoir comment répondre à tout cet intérêt personnel, tout en demeurant moi-même. Est-ce que les gens allaient apprécier qui je suis? Je me suis aperçue petit à petit que plus je révélais qui j’étais en fait, c’est-à-dire une animatrice d’émission de télévision qui prépare des plats une fois par semaine sans être douée pour la cuisine. En fait, quelqu’un qui préférerait plonger dans un bon livre plutôt que regarder un long métrage. Je suis très rigoureuse. Toutes ces choses bizarres à mon sujet que j’ai entrepris d’étaler au grand public dans mon émission, bien les gens s’y intéressaient. C’est l’authenticité qui les attirait. Voilà un solide argument qui milite en faveur de mener une vie authentique et d’établir des liens avec les gens en restant fidèle à ce que l’on est. C’est beaucoup plus facile ainsi, parce que faire semblant est loin d’être facile.

KBK : Bien sûr, il y a tellement de femmes qui se sentent obligées de faire semblant et de taire leur vulnérabilité. On a l’impression qu’être vulnérable et authentique, c’est le superpouvoir que l’on a et peut-être bien le superpouvoir que nous avons toutes. Que diriez-vous aux femmes qui évoluent dans le monde professionnel et sentent encore qu’elles doivent agir « comme si » au lieu de montrer cette vulnérabilité? Ou qui ont le courage d’en parler?

TM : Bien, en devenant l’animatrice de cette émission, disons patrimoniale, j’ai appris une autre leçon quand plusieurs personnes m’ont offert leurs conseils. On m’a recommandé d’adopter la ligne dure, d’imposer mon autorité autour de moi, de profiter de la chance qui m’était offerte, de me comporter en patronne vu que c’était mon émission et mon instrument; bref, je ne pouvais laisser les gens continuer à s’adresser à moi de la même manière. On m’a servi ce genre de propos à profusion et, au début, j’étais réellement confuse parce que je n’avais pas vraiment ce trait de personnalité. J’aime le compromis, surtout quand tout un chacun sort satisfait d’une réunion de travail en sachant que ses idées ont été entendues. Quand je suis dans l’erreur, je l’admets. Je fais des erreurs tout le temps pendant l’émission. Et je dis à l’auditoire, « Oups! Je l’ai ratée celle-là, » et on va la refaire. Ou bien, si je pense que quelque chose pourrait être mieux fait parce que c’est moi qui ai commis l’erreur, je n’ai pas peur de le dire. Je n’y vois pas d’inconvénient. Je ne savais pas comment j’étais censée occuper ce poste important, tout en restant moi-même. Après quelques années à ce poste, j’ai réalisé que je pouvais jouer un double rôle. On peut être un leader, faire des compromis, montrer sa vulnérabilité et, quand on ne connaît pas quelque chose, on peut aussi le dire. Les gens ne vous manquent pas de respect pour autant. En réalité, les gens vous respectent davantage parce vous avez suffisamment de maturité pour admettre que vous n’y connaissez rien. Je me suis rendu compte que plus je le faisais, plus je prêchais par l’exemple, plus de gens étaient enclins à admettre que « oui, je ne le savais pas et j’aurais dû demander de l’aide ». C’est ce qu’on appelle un effet boule de neige. Vous pouvez être une leader en tant que femme, avoir tous les attributs qui sont authentiquement vôtres, tout en poursuivant votre travail de direction. Vous pouvez continuer à prêcher par l’exemple, et les gens ne cesseront pas de vous suivre. Vous n’avez pas à, disons-le, donner des coups de poing sur la table de réunion et à invectiver les gens. Ce type de leadership n’est pas le seul à exister et à être efficace.

KBK : On dirait bien que le vôtre est assurément efficace dans votre cas. Pourtant vous êtes de l’autre côté et vous avez eu à composer d’une certaine manière avec cette pression initiale, jusqu’à ce que vous êtes devenue aujourd’hui. Comment avez-vous trouvé le courage de commencer à poser des questions et à diriger d’une manière avec laquelle vous étiez le plus à l’aise?

TM : J’ai mis beaucoup de temps. Avant de pouvoir me sentir bien dans ma peau. Et je crois que c’est parce que j’y suis allée à tout petits pas. Il s’agit d’écouter sa propre voix et son intuition un moment pour voir la réaction de l’entourage. Et si la réaction est que le monde ne s’écroule pas? On recommence. C’est là où on développe peu à peu cette force d’être fidèle à soi-même. Et on se sent si bien. Comme je vieillis, et, oui, je l’affirme, j’aime vieillir en tant que femme, oui, j’accepte de vieillir en tant que femme, voilà des paroles que l’on n’entend JAMAIS. Ce que j’aime donc en vieillissant en tant que femme, c’est de faire confiance à mon intuition. J’avais plutôt l’habitude de l’ignorer. Pourtant, mon intuition me disait « Non, ne pose pas la question. Ne dis pas ça. Tu vas avoir l’air ridicule », alors je laissais passer. Mais aujourd’hui, quand mon intuition me dit : « Tracy, tu ne connais pas la réponse, dis quelque chose. » Parce que si on ne dit rien, on revient à son bureau et on ne connaît toujours pas la réponse. Comment passer à l’étape suivante? Je ne dis pas que c’est au sortir de l’université, à 22 ans, que l’on sera à l’écoute de son intuition, mais si on le peut, il ne faut pas perdre des années, comme je l’ai fait, à comprendre que son intuition dit la vérité et qu’on n’a qu’à l’écouter. Et si on doit subir une brève humiliation pour obtenir une réponse, il ne faut pas y voir d’inconvénient parce qu’on sera la seule personne à avoir la réponse, alors que 90 % des gens dans la pièce ont trop peur de poser la question et de se placer sous les projecteurs.

KBK : C’est l’une des choses dont je parle souvent aux femmes et aussi aux conseillers financiers : il ne faut pas hésiter à prendre la parole lorsqu’on a une question et à poser cette question; il ne faut pas donner l’impression qu’on comprend tout sur le plan financier parce que ce n’est pas le cas pour la plupart des gens. Pensez-vous alors que si cette compétence fonctionne à la maison et au travail elle devrait aussi fonctionner dans votre vie?

TM : Oui, absolument! Le nombre de fois où je pose la même question à la personne qui me conseille sur le plan financier est devenu embarrassant. À vrai dire, peut-être qu’à la septième fois, je devrais me dire de ne pas me lancer sur ce sujet. Mais je dois poser la question, parce qu’au bout du compte, il s’agit de mes finances. Et qu’il n’y a personne d’autre au monde qui a la responsabilité de mes finances. Et si je ne comprends pas ce qui se passe, c’est une lacune. C’est pourquoi vous devrez m’expliquer la même chose des millions de fois différentes, ou faire ce qu’il faut pour me la présenter en termes simples pour que je la comprenne, et c’est bien comme ça. C’est normal de continuer à poser des questions, car il faut contrôler cette partie de sa vie. Il est essentiel que les femmes assument la responsabilité et le contrôle de leurs finances.

KBK : Comme bon nombre de femmes le font, avez-vous déjà commis l’erreur de déléguer cette responsabilité à quelqu’un et de ne pas même y jeter un coup d’œil, maintenant que vous avez plus d’emprise sur votre vie, ou avez-vous toujours été responsable des décisions financières?

TM : Non, je dirais que j’étais ce genre de personne qui a l’habitude de déléguer mes finances, et c’est à mon mari que je m’en remettais. Et en tant que féministe et femme autonome, c’est plutôt terrible à avouer, mais en réalité, comme il avait un permis de vente de valeurs mobilières et travaillait dans le secteur financier, c’était tout naturel de m’en remettre à lui. Jusqu’à ce que je devienne le principal soutien de famille. J’ai alors réalisé ce qu’il entendait par : « Tracy, je veux que tu participes aux décisions parce que c’est ton argent dont il est question ici. » C’est ainsi que j’ai pris le temps de comprendre ce qu’est un prêt hypothécaire, un CELI, l’épargne-retraite et les frais cachés que je dois payer sur mes placements sans même en être consciente. J’ai dû apprendre tout ce qui concernait mon argent. Et je vous assure que le processus a été pénible; j’ai posé sept fois la même question, mais le jeu en a valu la chandelle, parce que ce soir-là, quand je me suis mise au lit, j’avais compris tout ce qui se passait dans mon compte bancaire. J’avais le sentiment d’être en contrôle de mes finances. Et d’être devenue très autonome.

KBK : Cette tactique ressemble beaucoup à ce que vous avez fait au travail en posant des questions, en prenant la parole aux réunions, en favorisant une direction participative et en étant vous-même. Vous appliquez tout cela à votre vie financière, pour tout dire, c’est rassurant.

TM : Oui, c’est le cas. C’est rassurant pour moi. Longtemps, ma timidité m’a empêchée de plonger dans des choses que je ne connaissais pas. Au bout du compte, c’est loin d’être une façon de vivre aventureuse et inspirante. Finalement, on ne s’accorde pas une véritable chance si on ne se fait pas confiance et qu’on évite de plonger dans le menu détail dans ce qu’on connaît et ce qu’on ne connaît pas. Je me sens relativement à l’aise de dire aux gens que je ne connais pas quelque chose même si je sais que ce n’est pas ma personnalité qui va être jugée. Je n’ai tout simplement pas eu l’occasion encore de l’apprendre. Peut-être bien que vous pouvez m’y aider.

KBK : L’acceptation de soi me vient à l’esprit quand vous dites cela, et je crois que si les femmes, et les hommes aussi, avaient une meilleure acceptation d’elles-mêmes et d’eux-mêmes, les deux pourraient un peu mieux prendre soin d’eux. Pendant que vous parliez, je me suis souvenu d’un livre que j’ai lu dans les années 1990 lorsque je cherchais ce que je souhaitais devenir plus tard et ce livre s’intitulait « Fais ce que tu aimes et l’argent suivra ». Croyez-vous que ce titre s’applique à vous? En quoi le fait d’être authentique et d’aimer son travail a-t-il contribué effectivement à votre succès actuel?

TM : L’effet boule de neige a tout bonnement opéré. Le dimanche soir, sachant que je n’ai aucune appréhension à me rendre au travail le lundi, c’est extrêmement libérateur pour moi. J’aime ce que je fais. Je suis à ce point mauvaise comédienne que si je n’aimais pas ce que je fais, on s’en apercevrait en me regardant à la télévision. J’aime ce que je fais et je crois que c’est ce qui me rend encore plus intéressée par ce que je fais. Je fais davantage d’efforts. Et plus je fais d’efforts, plus grand est le succès. Ce qui ensuite contribue à me faire aimer ce que je fais, et ce merveilleux cycle en vient à s’alimenter par lui-même. En toute honnêteté, j’ai l’impression de vivre une espèce d’anomalie. Très peu de gens aiment vraiment le secteur dans lequel ils travaillent. J’estime avoir beaucoup de chance d’être arrivée à faire aujourd’hui ce que je souhaitais faire à ma première année d’université. En fait, il s’est avéré que c’est ce qui entretient ma flamme et qui m’emballe. Pratiquer le journalisme de télévision et animer une émission de télévision sur les modes de vie ont été des boulots de rêve. Et en quelque sorte des cadeaux pour moi. C’est certain. Il nous faut trouver une façon – c’est plus facile à dire qu’à faire – de déterminer ce qui nous rend heureux afin que, si nous devons nous lever le matin et le faire chaque jour, nous nous sentions réellement bien le matin pour aller faire au quotidien ce qui nous rend heureux. Et ce qui rend heureux, nous pouvons le trouver partout.

KBK : Absolument. Ça m’a pris trois carrières pour le découvrir, mais j’y suis parvenue et je vous conseillerais d’y aller petit à petit chaque jour et, chaque fois que vous y réfléchissez, demandez-vous ce que votre moi authentique en pense? Qu’est-ce que je veux faire? Quel risque suis-je prête à prendre? Petit à petit, avancez en ce sens. Tracy, c’est un peu à la manière, je pense, dont vous avez pu le faire dans votre carrière. La passion s’entend dans votre voix quand vous parlez de votre travail et de l’influence que vous exercez sur les personnes qui vous regardent, et aujourd’hui, sur toutes celles qui vous écoutent. Avant de conclure, j’ai une question à vous poser. Si vous aviez à donner un titre de livre à votre vie jusqu’à présent, quel serait-il et pour quelle raison?

TM : Bonne question… J’ai toujours dit que, si j’écrivais un livre, je l’intitulerais Femme sous-estimée. Oui, ce serait « Femme sous-estimée » parce que les gens m’ont toujours perçue comme une femme gentille, une femme de compromis, une médiatrice, et rares sont celles et ceux qui s’attendaient à me voir remplir les fonctions que j’exerce actuellement. Par fonction, je veux dire animatrice d’émission de télévision, propriétaire d’entreprise en raison de ma gamme de vêtements, conférencière (probablement parce je n’ai jamais cessé de causer depuis ma naissance), mais on ne s’attendait pas nécessairement à ce que je m’approprie effectivement toutes ces fonctions parce que j’étais loin d’être celle qui faisait des vagues. Je n’étais pas ce genre d’enfant qui défend ce en quoi elle croit et sait en parler haut et fort. Ce n’était pas moi. J’étais la fille avec qui on s’entend. Je pouvais m’entendre avec n’importe qui n’importe quand. Il y a toujours eu en moi cette impression d’avoir été un peu sous-estimée à chaque étape. Et le besoin de prouver par mes actions qui j’étais. Maintenant que me voilà rendue où je suis, les gens disent plutôt que « c’est tout naturel que j’y sois parvenue! » Mais non. Je ne crois pas avoir été animée d’une pensée de dominante pendant que je grandissais ou que je faisais mes études universitaires; je doutais de moi-même et ne savais pas, quand j’étais journaliste à Queen’s Park, si je devais poser on non telle ou telle question. Je vous dirais Femme sous-estimée. Parfois, c’est la bonne personne qui finit au premier rang. On peut être une gentille personne et foncer quand même droit devant et obtenir un franc succès en demeurant soi-même.

KBK : Et vous savez quoi, Tracy? C’est un vrai bonheur de vous parler, de vous interviewer, et j’aimerais même ajouter un sous-titre à votre bouquin. Je l’appellerais Femme sous-estimée : Attention Monde, j’arrive parce que vous représentez tout un cadeau pour notre monde, et converser avec vous aujourd’hui a été un vrai plaisir. Merci d’avoir pris le temps de participer aux balados BMOpourElles.

TM : Merci beaucoup, Kathleen! J’ai vraiment aimé. J’ai été ravie de m’entretenir avec vous.

Renseignements sur Kathleen Burns Kingsbury
Kathleen Burns Kingsbury est experte en psychologie du patrimoine, fondatrice de KBK Wealth Connection, animatrice du balado Breaking Money SilenceMD et auteure de plusieurs livres, notamment How to Give Financial Advice to Women, How to Give Financial Advice to Couples et Breaking Money SilenceMD. Pour en savoir plus, consultez le site www.breakingmoneysilence.com.

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