Cheekbone Beauty tire ses origines du rêve qu’a fait la fondatrice et chef de la direction, Jenn Harper, au sujet de petites filles portant du brillant à lèvres. Dans cet épisode, Jenn discute avec Lisa de la façon dont elle a transformé ce rêve en une entreprise de cosmétiques autochtone prospère qui fait sa part pour sa communauté et l’environnement et qui vise une puissante représentation dans un secteur traditionnellement fermé. L’histoire de Jenn montre que nous pouvons en apprendre davantage sur les récits des Autochtones dans le cadre de la Commission de vérité et de réconciliation, et que nous pouvons aussi faire en sorte de faire croître les communautés autochtones.

Jenn Harper :
Mon intention est vraiment d’être un modèle pour les jeunes Autochtones et de leur montrer que même si on n’a jamais travaillé dans un secteur et qu’on ne connaît rien à ce sujet, on peut véritablement créer quelque chose dont on rêve.

Lisa Bragg :
Jenn Harper est la fondatrice de Cheekbone Beauty et elle est en mission. En tant qu’entrepreneure autochtone, elle veut transformer son secteur en faisant preuve d’une transparence radicale, d’une conscience sociale et de durabilité. Je m’appelle Lisa Bragg et voici Audacieu(se), un balado relatant des histoires de femmes qui se distinguent, destiné à leurs semblables, et qui vous est présenté par BMOpourElles.

Lisa Bragg :
Jenn, étant moi-même entrepreneure, j’aime vraiment que votre parcours commence par un rêve. Parlez-moi de ce rêve.

Jenn Harper :
En janvier 2015, j’ai littéralement fait un rêve qui m’a réveillée et sortie de mon lit à 2 h du matin. Je me souviens qu’il y avait toutes ces petites filles autochtones. Elles portaient du brillant à lèvres et avaient les joues roses. J’ai alors attrapé mon ordinateur portatif et je me suis mise à écrire que j’allais fabriquer du brillant à lèvres et créer une fondation au nom de ma grand-mère, qui est une survivante des pensionnats. Je me suis rendu compte à quel point l’éducation est importante pour les jeunes et les femmes autochtones et que si tous pouvaient y avoir accès, leur autonomisation serait sans limites.

Jenn Harper :
Cette nuit-là, j’ai passé des heures et des heures à rédiger toutes ces idées, que je sais maintenant être les débuts de ce plan d’affaires que nous avons encore. C’est un document de travail vivant et évolutif, et tout est parti de ce rêve. Ce moment a changé ma vie, car c’était le début. Ça me fait toujours rire parce que c’était littéralement un rêve. Mais au cours de cette période, depuis 2008, lorsque j’ai finalement admis que j’avais un problème avec lequel j’étais aux prises, je me suis dit : « OK, quand j’aurai maîtrisé la situation, je veux faire quelque chose pour soutenir ma collectivité et les Autochtones. »

Lisa Bragg :
La vérité et la réconciliation font évidemment partie de votre histoire. Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur la façon dont vous analysez les choses pour vous-même?

Jenn Harper :
Oui. J’ai grandi dans la région de Niagara. Chaque matin, dans le miroir, je voyais une femme autochtone, sans toutefois comprendre l’histoire qui lui était associée ni sa signification. J’ai commencé à lire énormément. En 2015, année que j’appelle l’année de la vérité, je crois avoir lu plus d’une centaine de livres – que ce soit au sujet du démarrage d’une entreprise, ou, en grande partie, de renseignements historiques et de faits sur les Autochtones au Canada et aux États-Unis.

Jenn Harper :
L’une des choses que j’ai lues cette année-là est le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation. Ce rapport portait sur l’étude menée pendant six ans par le gouvernement du Canada auprès des membres des communautés autochtones, des personnes qui avaient été concernées par les pensionnats, des survivants du système et des administrateurs. De nombreux documents avaient été rassemblés et ce rapport final avait été créé. Les renseignements qui s’y trouvaient m’ont ouvert les yeux. J’ai eu de nombreux moments révélateurs en le lisant, parce que j’ai compris qu’il s’agissait d’une conception systématique visant à assimiler les peuples autochtones à cette culture « canadianisée », à leur retirer tout ce qui comptait pour eux dans leur culture – à commencer par leur langue.

Jenn Harper :
Puis, j’ai appris de mes tantes que ma grand-mère était une survivante des pensionnats et y avait séjourné de l’âge de six ans jusqu’à l’âge de seize ans. Elle avait été arrachée à la réserve de notre famille dans la magnifique forêt boréale du lac des Bois et avait vécu dans un endroit où il n’y avait aucun échange d’amour. Il y avait davantage de violence physique. Si les enfants parlaient notre langue, qui s’appelle l’anishinaabemowin, ils étaient battus.

Jenn Harper :
On peut même voir sur les photos de cette époque qu’il était inscrit « Interdiction de parler » sur les murs. On peut voir ces photos un peu partout maintenant. On ne peut qu’imaginer le traumatisme et la douleur. Ensuite, quand elle a eu terminé, elle a été renvoyée dans sa famille. Mais comment était-elle censée guérir? Il n’y avait pas de thérapie. Il n’y avait personne pour l’aider à s’en remettre et elle a continué sa vie et a eu huit enfants. Comme nous le savons, les traumatismes ne disparaissent pas, parce qu’on ne s’en occupe pas. Mon père et ses frères et sœurs en ont hérité, et au bout du compte, moi aussi.

Jenn Harper :
J’ai donc lu ces rapports en me disant : « Oh mon dieu! Je comprends enfin. » Pendant de nombreuses années, je ne voulais même pas admettre que j’avais un problème d’alcool parce que je ne voulais pas correspondre à un stéréotype. Cela m’a rendue malade pendant très longtemps parce que je ne voulais pas l’admettre; je ne voulais pas que ce soit vrai parce que j’essayais d’éviter la honte d’un tel stéréotype. Aujourd’hui, je suis littéralement l’ex-alcoolique la plus fière qui soit. J’en parle avec n’importe qui, car il s’agissait d’un pansement ou d’un symptôme de ce qu’on appelle maintenant un traumatisme transgénérationnel.

Jenn Harper :
J’en suis bien consciente et je l’enseigne à mes enfants; je veux qu’on l’enseigne aux enfants de mes enfants. Ainsi, nous pouvons y mettre fin maintenant. Au lieu d’avoir ce récit et ce stéréotype d’alcoolisme dans nos communautés, nous en faisons une histoire de guérison et un récit de toutes les choses incroyables qui se passent au sein de nos communautés à l’échelle de l’Amérique du Nord. J’ai l’occasion de rencontrer un grand nombre de jeunes qui travaillent sur des projets remarquables et ce qu’ils accomplissent me rend vraiment enthousiaste pour l’avenir.

Lisa Bragg :
Parlez-moi un peu de la façon dont vos valeurs, qui sont très fortes, contribuent à positionner votre entreprise.

Jenn Harper :
Oui. Il y a de nombreux éléments qui entrent en jeu. Premièrement, je me suis sentie obligée de faire quelque chose que je n’avais jamais vu faire auparavant; mon intention est vraiment d’être un modèle pour les jeunes Autochtones et de leur montrer que même si on n’a jamais travaillé dans un secteur et qu’on ne connaît rien à ce sujet, on peut véritablement créer quelque chose dont on rêve.

Jenn Harper :
C’était un aspect très important. C’est le fait de voir une personne autochtone qui connaît un certain succès – et cela signifie essentiellement que les gens achètent vos produits et prêtent attention à ce que vous faites –, et de voir qu’il est possible pour les Autochtones d’occuper ces fonctions et de créer des entreprises qui ne visent pas uniquement à réaliser des profits, n’est-ce pas? Qu’il est possible de créer une entreprise qui fait sa part pour nos communautés et les soutient, tout en menant une vie heureuse et saine et en accomplissant des choses.

Jenn Harper :
Dans la culture du peuple ojibwé, nous parlons toujours de faire les choses d’une bonne façon. Il est donc possible de faire des affaires d’une bonne façon. Souvent, pour les gens, faire des affaires rime automatiquement avec pratiques douteuses, ou avec malhonnêteté et caractéristiques négatives, alors que, selon moi, faire des affaires peut être positif. Il y a tellement de bonnes entreprises. N’est-ce pas?

Lisa Bragg :
Oui. Nous ne cherchons pas tous à faire de l’argent rapidement.

Jenn Harper :
Oui.

Lisa Bragg :
Oui.

Jenn Harper :
Tout à fait.

Lisa Bragg :
Nous voulons faire notre part pour la société.

Jenn Harper :
Oui. Nous voulons que les choses aient un sens.

Lisa Bragg :
Pensez-vous que le fait de ne pas savoir ce que vous savez maintenant vous a aidée à démarrer votre entreprise? Si vous aviez réellement planifié et étudié les choses, auriez-vous lancé une entreprise de cosmétiques?

Jenn Harper :
Non. Absolument pas. Ma naïveté en la matière m’a assurément permis d’aller plus loin. Si j’avais su ce que je sais maintenant, je n’aurais peut-être jamais commencé. Je sais que je ne suis pas la première entrepreneure à le dire.

Lisa Bragg :
J’adore l’histoire de Sara Blakely, qui a fondé Spanx. Elle ne connaissait absolument rien à la bonneterie, et voyez où elle est en est maintenant.

Jenn Harper :
Oui.

Lisa Bragg :
Que pensez-vous de son histoire?

Jenn Harper :
Elle est assurément une personne qui a toujours été une source d’inspiration pour moi et qui m’a servi de mentore. Je me souviens l’avoir entendue parler dans un balado à ses débuts, et il y avait tellement de similarités. Ma carrière dans les ventes m’a aidée à gagner en confiance et à réaliser que lorsque je commencerais à parler de Cheekbone aux gens, il y aurait beaucoup de « non ». Quand je travaillais dans le domaine des ventes, j’avais l’habitude de dire à ma mère : « Je mange des refus au petit-déjeuner ».

Jenn Harper :
J’entendais tout le temps « non ». Ça renforce vraiment votre ténacité. C’est certain. Elle a connu cela aussi et elle expliquait comment elle se présentait chez des fabricants d’articles de bonneterie et se faisait fermer la porte au nez en permanence. Vous vous y habituez et vous vous dites : « Au suivant. » N’est-ce pas?

Lisa Bragg :
Oui. Il ne faut pas avoir peur des refus. C’est acceptable de se faire dire « non », car vous finirez par entendre un « oui ».

Jenn Harper :
Oui. Exactement.

Lisa Bragg :
Vous ne connaissiez donc rien à ce secteur. Et les choses se sont très bien passées immédiatement, n’est-ce pas?

Jenn Harper :
Oui. Ce que je savais – et c’est ce qui est intéressant – était suffisant pour passer au niveau supérieur. Venant du secteur de l’alimentation, je savais que tout était fabriqué dans les mêmes installations. Puis, en examinant le domaine de la beauté, je me suis rendu compte que c’était exactement la même chose. Je savais que si je pouvais créer une marque qui serait différente de ce qui se trouvait sur le marché – à ce moment-là, je savais que j’étais en mesure de le faire –, nous pourrions alors tester le marché pour voir s’il existait une réelle demande pour les produits de Cheekbone Beauty.

Jenn Harper :
C’est littéralement ce qui s’est passé au cours des deux premières années : entrer dans la salle du conseil de Sephora pour son programme d’accélération, découvrir la phase suivante, encore une fois, en ayant assez de connaissances jusque là, puis réaliser que nous avons besoin d’un produit qui nous distinguera de toutes les autres marques. C’est la phase dans laquelle nous nous trouvons actuellement : créer ce nouveau produit.

Lisa Bragg :
Alors, en quoi vos produits sont-ils différents?

Jenn Harper :
Nous avons lancé notre première gamme de produits en collaborant avec un fabricant au Canada qui œuvre pour des marques mondiales depuis 35 ou 40 ans et qui fait un excellent travail. Nous aimons beaucoup les produits et il nous a aidés à créer une gamme de rouges à lèvres liquides appelée la collection « Warrior Women », qui a connu un immense succès. Il existe 16 couleurs nommées en l’honneur de femmes autochtones fortes et inspirantes, et cette gamme en elle-même s’est avérée très puissante. Le fait que notre matériel de marketing et notre site Web soient remplis de visages de modèles autochtones a eu un impact sur les jeunes de notre communauté qui a largement dépassé tous mes rêves.

Jenn Harper :
Chaque jour, nous recevons des courriels et des messages directs de personnes qui nous informent de ce que la marque signifie pour elles, de mères, de parents d’accueil et d’enseignants. Pour moi, l’aspect le plus émouvant est de réaliser l’effet que produit le fait que des jeunes Autochtones voient leur visage associé à une marque de beauté. Cela n’existait tout simplement pas auparavant et cela montre à quel point la représentation est importante et qu’elle compte vraiment.

Lisa Bragg :
Un grand nombre d’entreprises adoptent le concept de responsabilité sociétale. Mais la vôtre faisait intégralement partie de votre rêve lorsque vous avez commencé.

Jenn Harper :
Oui. Tout d’abord, c’est la première chose que je dis aux jeunes qui posent des questions sur le monde des affaires. C’est ce qu’on appelle le facteur « pourquoi » ou « et alors ». Vous êtes une autre marque de rouge à lèvres. Et alors? Vous devez proposer quelque chose de significatif et de beaucoup plus profond que ce qui existe, parce qu’il y a énormément de choix. Comment allez-vous vous démarquer? Pour Cheekbone, dès le début, l’idée a toujours été que la marque existe pour améliorer la vie des jeunes Autochtones et les autonomiser, mais elle s’investit aussi pleinement pour les aider à se voir et leur montrer leur valeur dans le monde.

Lisa Bragg :
Vous devez voir pour être, n’est-ce pas?

Jenn Harper :
Oui. Exactement. C’est ce qui a été si populaire dans la collection « Warrior Women ». Nous avons 16 modèles issus de tous les secteurs d’activité, étant tous des femmes autochtones. Les choses ont vraiment été conçues de façon à dire « Voilà les personnes que vous pourriez être », car nous avons tous besoin d’un modèle.

Lisa Bragg :
Le secteur de la beauté est évidemment dominé par d’énormes multinationales. Où pensez-vous que Cheekbone Beauty se situe sur le marché?

Jenn Harper :
Nous ne sommes rien. Nous ne sommes rien, littéralement. Mais pas pour nous, ni pour notre communauté. Je crois que c’est ce qui compte vraiment. Je pourrais me laisser happer par le peu d’envergure que nous avons et en être très déprimée, mais je ne le ferai pas parce que je sais que nous ne serons pas toujours rien. Nous allons compter. J’ai de grands objectifs pour cette entreprise. J’ai déclaré publiquement que je veux atteindre une valeur d’un milliard de dollars comme toutes ces autres femmes peuvent le faire. Pourquoi une femme autochtone ne pourrait-elle pas y arriver?

Jenn Harper :
L’an dernier, l’entreprise Glossier a été évaluée à un milliard de dollars, et ce résultat a été atteint en quatre ans environ. Ensuite, Tiffany Masterson a vendu Drunk Elephant, une entreprise du Texas, pour 850 millions de dollars au bout de huit ans. Si ces femmes peuvent le faire, une femme autochtone peut aussi le faire, et mon objectif est de montrer aux jeunes Autochtones qu’ils peuvent aussi le faire.

Lisa Bragg :
Oh, le plan d’affaires, la rédaction d’un plan d’affaires, et toutes ces choses qu’on vous dit au début. Il faut en avoir un. L’avez-vous révisé? Parlez-moi de vos difficultés et de vos débuts dans le démarrage de votre entreprise.

Jenn Harper :
Je crois que le fait d’être vraiment animée par une raison d’être m’a aidée… Les objectifs que nous avons en tant que marque sont vraiment très importants et nous visons une portée mondiale. Je veux que tous les jeunes Autochtones du monde… À l’échelle mondiale, la population autochtone s’élève à 370 millions de personnes et est présente sur tous les continents. Chaque communauté autochtone à travers les continents a été touchée par la colonisation. Nous nous comprenons les uns les autres à de nombreux niveaux en ce qui a trait à notre histoire ainsi qu’à la douleur et au traumatisme que nous avons tous vécus.

Jenn Harper :
Je sais que c’est énorme et qu’avoir un objectif d’une telle envergure aide vraiment à avoir cette étoile du Nord, cette vision. Je veux que tous les enfants du monde, peu importe où ils se trouvent, se rendent un jour quelque part, voient une marque et se disent : « Une personne autochtone a fait ça. Moi aussi je peux le faire. » Voilà le grand objectif.

Lisa Bragg :
La nouvelle gamme que vous sortez est durable, respectueuse de l’environnement et biodégradable. Quel rôle l’expression « gardien des terres » joue-t-elle?

Jenn Harper :
Historiquement, les Autochtones se sont toujours beaucoup souciés de ce qui se passe autour de la Terre et de l’environnement qui les entoure, et ils le font du fond du cœur. J’ai été très émue d’apporter ces grands changements sur le plan de la durabilité au vu de notre succès. Nous avions l’habitude d’expédier de très jolis paquets brillants, rose métallisé, puis j’ai découvert qu’ils ne se recyclaient pas. Nous sommes donc passés à un emballage papier en polyester recyclé qui se recycle. Ce sont des choses comme ça, c’était juste au moment où nous prenions de l’expansion.

Jenn Harper :
On essaie simplement d’apporter le plus de changements possible afin de ne pas avoir d’impact considérable sur la planète et de faire notre travail en réduisant au minimum cet impact. Nous avons l’objectif ambitieux d’éliminer complètement le plastique d’ici 2023. Cela concerne tous les articles que nous vendons. C’est vraiment faisable, car notre entreprise est encore très petite et nous avons juste à remplacer les unités de stock dont nous disposons actuellement, qui ne sont pas très nombreuses. Nous fabriquons principalement des rouges à lèvres. Au cours des prochains mois, nous passerons à des palettes en papier, et tout ce que nous fabriquerons comportera des emballages biodégradables.

Jenn Harper :
À l’avenir, la transition sera évidemment bien plus facile pour tout ce que nous fabriquerons, car nous partirons de zéro. Mais il s’agit simplement de faire ces petits changements. Sur le plan culturel, ce que j’ai appris, c’est que nos communautés ont toujours réfléchi de la manière suivante : « Que faisons-nous maintenant et quel en sera l’impact sur les sept prochaines générations? » C’est une longue période. Vous pouvez donc vous dire : « Si j’achète cet article, où sera-t-il dans sept ans? Quel en sera l’impact? »

Lisa Bragg :
Oui. La septième génération, c’est certain.

Jenn Harper :
Nous nous appelons maintenant la marque de beauté socialement responsable. Le secteur de la beauté est fortement segmenté. Il y a de nombreux silos. En rentrant dans un magasin Sephora, vous le voyez : produits de beauté naturels, produits de beauté végétaliens… Il y a plusieurs piliers, et celui que je veux voir chez Sephora, c’est le pilier de la conscience sociale, autrement dit, quel type d’impact cela a-t-il sur les êtres humains et quel type d’impact cela a-t-il sur la planète? Je ne vois pas encore ce pilier ou ce segment dans un magasin de produits de beauté.

Lisa Bragg :
Vous arrive-t-il de vous inquiéter que d’autres grandes entreprises se lancent dans le développement d’une gamme semblable à la vôtre?

Jenn Harper :
Je suis certaine que cela arrivera. Je vois déjà des changements importants se produire au sein de nombreuses grandes marques de beauté, ce qui est formidable parce que c’est dans l’ordre des choses. Cela doit se produire. Dans le cadre de notre collection « Warrior Women », nous avions commencé, je crois, avec quatre couleurs. Nous en sommes maintenant à 16 et nous en lancerons trois autres à la fin du mois. C’est très intéressant. Waneek Horn-Miller vient de faire une campagne avec Estée Lauder. J’ai vu cela la semaine dernière. Elle est l’une de nos guerrières. Sephora a collaboré avec Sarain Fox dans une campagne publicitaire après ma rencontre avec la marque, et Melina, une militante écologiste de l’Alberta, a participé à une campagne de Lush après avoir fait partie de la collection « Warrior Women ».

Jenn Harper :
Quelqu’un regarde ce que nous faisons ou, peut-être que je ne fais que choisir des gens vraiment formidables, je suppose. Je ne sais pas. Mais je trouve que c’est génial. N’est-ce pas? Je veux que nos visages soient montrés et si ces grandes marques nous aident à le faire, alors l’union fait la force. N’est-ce pas?

Lisa Bragg :
C’est votre histoire, cependant, qui, selon vous, interpelle les gens : ils viendront acheter votre marque.

Jenn Harper :
Oui. Si ce n’est pas le cas, honnêtement, je n’ai jamais été le genre de personne qui dit : « Je dois être la gagnante. » Évidemment, je suis en affaires et j’ai cette motivation qui me pousse à faire des choses. Mais j’aime avoir une vue d’ensemble des choses. Pour moi, le plus important est cette représentation des visages autochtones. Si ces grandes marques commencent à s’y intéresser en fonction de ce qu’elles nous voient faire, alors je suis tout à fait d’accord et, de toute évidence, je veux qu’elles le fassent. N’est-ce pas? Cela fait partie de l’objectif. Cela n’a jamais été à propos de moi uniquement.

Jenn Harper :
En ce qui concerne la marque que je crée, je crois qu’il fallait que ce soit fait par une femme autochtone, et je suis heureuse d’être celle qui remplit cette fonction. Mais plus il y a de gens qui veulent y participer, mieux c’est. Allez-y! Faisons-le. Faisons-le tous ensemble, n’est-ce pas? C’est ce qui me semble vraiment important.

Lisa Bragg :
Vous avez participé à l’émission Dragon’s Den, qui, pour nos auditeurs américains, est l’équivalent de Shark Tank.

Jenn Harper :
Oui.

Lisa Bragg :
Mais vous avez refusé l’offre. Pourquoi l’avoir refusée?

Jenn Harper :
Parce que c’était une mauvaise offre. 50 % pour… Il m’offrait un peu plus d’argent, mais ce n’était tout simplement pas une très bonne offre. Encore une fois, parlons de gratitude, au moment d’enregistrer l’émission Dragon’s Den, j’avais une feuille de modalités de prêt de l’investisseur avec lequel nous travaillons maintenant qui offrait de bien meilleures conditions. Ce n’était donc pas une décision difficile à prendre. Je suis le genre de personne qui réfléchit beaucoup et je ne peux pas m’imaginer ce qu’aurait ressenti quelqu’un qui se serait présenté à l’émission sans avoir une offre un peu supérieure ou de meilleures options et qui aurait été désespéré au point de peut-être l’accepter.

Jenn Harper :
C’est la situation effrayante dans laquelle beaucoup d’entrepreneurs se retrouvent parfois, car ce sont des projets qui nécessitent du capital. Vous avez besoin d’une grosse somme d’argent pour croître, prendre de l’expansion et faire tout ce que vous voulez faire. Je sais que c’est très inquiétant et je ne sais pas ce que j’aurais fait. Je pense que mon côté raisonné m’aurait incitée à refuser l’offre, que j’aie une feuille de modalités ou non. Mais qui sait ce qu’on fait quand on est désespéré, n’est-ce pas?

Lisa Bragg :
Oui, parce que vous voulez faire croître votre entreprise.

Jenn Harper :
Oui. Tout à fait.

Lisa Bragg :
Je sais ce que j’aime dans mon entreprise, ainsi que les choses que je n’aime pas faire et je que veux déléguer le plus rapidement possible. Et vous? Qu’aimez-vous faire dans votre entreprise et quelles sont les choses dont vous vous débarrasseriez si vous le pouviez?

Jenn Harper :
Oh mon dieu. Nous plaisantons tous en ce moment à Cheekbone à ce sujet, parce que j’ai dit l’autre jour que j’allais recevoir un t-shirt sur lequel est écrit : « Je déteste les maths. » Ria, qui s’occupe de la comptabilité pour nous, étudie les mathématiques à Brock. Qui fait ça? Elle adore les chiffres et les mathématiques. J’ai donc dit : « Je vais t’acheter celui qui dit ‘J’adore les maths’ et je porterai celui qui dit ‘Je déteste les maths’. Je dis toujours que je ne déteste pas les chiffres, parce que je les adore…

Lisa Bragg :
On adore les chiffres.

Jenn Harper :
… je les aime quand ils sont bien présentés et que je vois exactement comment les choses se passent. Mais passer de la partie A à la partie B me donne envie de vomir. Alors, je demande à mon mari de m’aider lorsque j’essaie de comprendre les choses, car je peux lui expliquer ce que je veux voir et la façon dont je veux que les choses soient présentées, et il peut créer une feuille de calcul Excel pour moi. Mais je déteste cette partie. Absolument.

Lisa Bragg :
Mais vous devez connaître vos chiffres.

Jenn Harper :
Mais je dois les connaître.

Lisa Bragg :
Les profits et les pertes, le bilan.

Jenn Harper :
Oh, c’est tout simplement atroce. Mais une fois que tout terminé, c’est magnifique. J’aime vraiment quand tout est terminé. Mais, de toute évidence, j’aime le côté créatif de mon travail et le fait de pouvoir réfléchir à l’orientation qu’on souhaite donner à la marque, à la fabrication des produits et à la concrétisation de tout cela. C’est ce qui m’épanouit. En fait, j’adore retourner à mes racines dans les ventes. J’adore parler avec les clients et les rendre heureux. L’une de nos valeurs fondamentales est la satisfaction totale de la clientèle. C’est un aspect vraiment difficile, car il y a beaucoup de gens mécontents. Mais nous essayons.

Jenn Harper :
Je vais vous raconter une histoire. Quand j’étais serveuse, à l’âge de 18 ou 19 ans, je me souviens d’un couple qui ne m’aimait pas, ça se voyait. Ils venaient très souvent au restaurant où je travaillais, et ils ne m’aimaient pas. Ma mission était de faire en sorte qu’ils m’aiment, et non pas de manière grossière et par dépit. Mais je voulais vraiment qu’ils m’aiment. J’ai travaillé dans ce restaurant pendant deux ans et j’ai fini par me marier pendant que je travaillais là-bas, et ils m’ont acheté le plus beau cadeau de mariage de tous ceux que j’ai reçus. C’était une pelle et un couteau à gâteau en argent. Il est évident que j’avais gagné leur cœur à un moment donné.

Jenn Harper :
Encore une fois, pour en revenir au service, j’adore cette partie de ma carrière, car mon sens de l’accueil m’a vraiment aidée à créer l’expérience client la plus incroyable qui soit pour les clients de Cheekbone Beauty. J’aime donc beaucoup ce côté-là.

Lisa Bragg :
C’est beaucoup de travail pour certaines personnes. C’est lourd et épuisant sur le plan émotionnel. Mais pour vous, c’est épanouissant.

Jenn Harper :
Oui. Oui. C’est le cas. C’est ce que je dis parfois aussi à propos de tout ce que nous faisons en tant que marque. C’est très agréable. Ce n’est pas tout le monde qui occupe un poste où il se sent si heureux par rapport à ce qu’il fait et à l’impact qu’il essaie d’avoir, tout en faisant plaisir aux clients. Alors, je me sens vraiment chanceuse et je me demande en plaisant parfois : « Est-ce que je fais ce que je fais simplement parce que j’adore ce sentiment? » Mais, en vérité, je veux vraiment que les enfants autochtones voient à quel point ils sont extraordinaires.

Lisa Bragg :
Voulez-vous nous parler un peu de votre usine de fabrication à Niagara et nous expliquer pourquoi c’est important pour vous, pourquoi c’est important pour la croissance de la marque?

Jenn Harper :
Oui. Cela a toujours été lié à la stratégie et à la façon dont nous allons atteindre nos objectifs, au type de produits que nous voulons créer et aux expériences que nous voulons offrir à nos clients. C’est fou, parce que je ne connais rien au sujet du secteur de la fabrication. Encore une fois, je n’ai pas de connaissances à ce sujet et j’avance à l’aveugle, mais je réalise que c’est un domaine dans lequel nous voulons nous développer.

Jenn Harper :
Nous vivons dans une destination touristique, la région de Niagara, et nous voulons vraiment tirer parti de la région où nous vivons. Si c’est là que se trouve notre siège social, pourquoi ne pas inviter les gens à voir les coulisses du secteur de la beauté, du maquillage et des cosmétiques. Comment les produits sont-ils fabriqués? Parlons réellement des ingrédients. Cessons de répandre des renseignements erronés. Plus j’en apprends sur le secteur de la beauté, plus je suis déçue par le marketing, ce qu’on voit sur les emballages et le fait qu’il y a beaucoup de mensonges et de malhonnêteté.

Jenn Harper :
Je veux vraiment faire preuve d’une transparence radicale envers nos clients. C’est la vision de cet espace, qui deviendrait en même temps l’épicentre des artisans autochtones, de leur travail et de leurs œuvres. Vous connaissez peut-être le Museum of Ice Cream (musée de la crème glacée) à San Francisco; c’est comme ça que j’envisage les choses : un espace ludique, magnifique et créatif, qui dit la vérité à propos de nos produits et de nos ingrédients. Ensuite, évidemment, nous allons travailler dans la région de Niagara, qui sera notre point d’expédition, et nous fournirons des emplois aux gens de la région.

Jenn Harper :
De plus, la mission a toujours été en partie d’employer des Autochtones. L’un des objectifs était aussi d’employer des gens qui avaient possiblement des problèmes de dépendance, car cela fait partie de mon passé. Je sais vraiment à quel point ces situations peuvent parfois sembler désespérées. Lorsque vous voulez reprendre les choses en main, il n’est parfois pas si facile de trouver un emploi parce que vous avez peut-être été congédié à cause de vos problèmes. Alors, nous souhaitons créer des occasions pour les gens, pour qu’ils se sentent accueillis et puissent progresser et voir ce qu’il est possible de faire lorsqu’on se débarrasse de sa terrible dépendance. Oui.

Lisa Bragg :
On entend qu’il faut « acheter américain » et « acheter canadien », et vous voulez que nous « achetions autochtone ». Pouvez-vous m’en dire davantage?

Jenn Harper :
Je trouve que ça sonne bien quand vous le dites. Nous parlons donc beaucoup de réconciliation, surtout au Canada. Je crois que c’est là que nous en entendons le plus parler. Cela demande de l’éducation, de la compréhension. Selon moi, si vous voulez contribuer à changer la situation, une solution vraiment simple serait par exemple d’acheter les produits d’une marque autochtone dont vous avez entendu parler et qui cherche à croître, n’est-ce pas? Bien entendu, ces produits doivent être adaptés à vos besoins. Je n’encourage certainement pas l’achat sans raison. Mais réfléchissez-y, ou découvrez où vous pouvez acheter quelque chose qui est fabriqué ou construit par des Autochtones.

Jenn Harper :
Il y a toutes sortes d’entreprises autochtones. Il existe des organismes comme le CCCA, le Conseil canadien pour le commerce autochtone, situé ici, à Toronto. Il dispose d’une liste d’entreprises autochtones que vous pouvez soutenir. Il n’est pas nécessaire que ce soit une entreprise axée sur des produits. Ce peut aussi être une entreprise axée sur les services. C’est une façon pour tout le monde de pouvoir s’impliquer.

Lisa Bragg :
Nous entendons beaucoup parler d’appropriation culturelle de nos jours. Alors, comment pouvons-nous participer à cette économie? Comment pouvons-nous participer et soutenir les gens en tenant compte de ce qui est approprié ou non?

Jenn Harper :
Oui. C’est une excellente question qui est vraiment très importante. Il y a probablement deux étapes. Il s’agit simplement de faire des recherches et de s’assurer de réellement acheter des produits auprès d’une personne autochtone. Il suffit d’envoyer un courriel avant de faire un achat, car il y a beaucoup de marques qui prétendent avoir été créées par des Autochtones, alors que ce n’est pas le cas. Je n’ai pas d’exemples en tête, mais il y en a, surtout dans le domaine du commerce électronique ou dans l’espace numérique; il faut être très prudent. J’en ai découvert plusieurs et elles copient en fait des imprimés, font fabriquer des produits en Chine et les expédient.

Jenn Harper :
Cela arrive souvent, mais si vous achetez un produit d’un artisan, d’un artiste, d’un créateur, d’un entrepreneur comme moi qui a développé la marque et conçu l’idée de A à Z, alors vous faites ce qu’il faut et ce n’est pas de l’appropriation. Vous pouvez porter des bottes Manitobah Mukluks sans faire de l’appropriation culturelle. Vous pouvez porter des vêtements et des bijoux conçus par des Autochtones. C’est aussi grâce à cet achat que vous avez l’occasion de découvrir une histoire incroyable en discutant avec ces personnes.

Lisa Bragg :
Votre parcours a commencé par un rêve et les gens vous regardent maintenant en pensant que vous faites partie de leur parcours ou que vous pourriez être une mentore. Que ressentez-vous à l’idée d’avoir maintenant atteint ce niveau de mentore pour d’autres jeunes?

Jenn Harper :
J’ai l’impression que c’est mon intention et mon souhait, mais c’est aussi un poids. C’est important, car j’ai toujours l’impression que nous ne faisons que commencer en tant que marque. Encore une fois, nous sommes une toute petite entreprise et nous avons pour mission de devenir une grande marque mondiale. Il y a donc encore de nombreuses choses que je dois et souhaite accomplir et il y a encore beaucoup de travail que je veux faire sur moi-même. Mais je suis heureuse de toujours aider quiconque a besoin de soutien ou de renseignements, de quelque manière que ce soit. C’est une partie importante de ce que je veux faire, et c’est pourquoi je fais beaucoup de conférences et d’ateliers, car c’est ma façon de faire ma part pour les autres.

Jenn Harper :
Je souhaite partager mon histoire, mais je suis aussi vraiment passionnée par l’idée de laisser des choses concrètes aux gens, en ce qui a trait aux affaires. Au début, j’ai utilisé Fiverr, qui est une plateforme en ligne qui m’a aidée pour ce qui est de la conception graphique et de la rédaction. On a fait concevoir la première série d’emballages sur laquelle nous travaillons en ce moment. Il s’agit donc d’un moyen vraiment rentable de réaliser des projets en collaborant avec des personnes qui ont besoin de travail partout dans le monde. On les rémunère, et je crois que c’est une bonne idée de laisser aux gens des renseignements de ce genre. Il ne s’agit pas seulement de faire quelque chose, mais de montrer comment on peut faire les choses également.

Lisa Bragg :
Oui, parce que nous voulons inspirer et motiver les autres. Mais au bout du compte, il faut se demander comment faire les choses? Quels sont les éléments à retenir? C’est vraiment important, car nous ne savons pas comment commencer, parfois.

Jenn Harper :
Non, et je me souviens que j’assistais à de nombreuses conférences pour essayer de réseauter. Ce sont des choses que je n’aime vraiment pas faire, mais au début, il faut être une éponge parce qu’on essaie de trouver des solutions. Il y a tellement de choses que j’aurais aimé savoir tout de suite et que j’ai découvertes plus tard. Il s’agit donc simplement de partager ce genre de renseignements avec les gens.

Lisa Bragg :
Oui, parce qu’on ne peut pas tout savoir, surtout en affaires.

Jenn Harper :
Oui.

Lisa Bragg :
Quels conseils donneriez-vous à des personnes autochtones qui sont peut-être en train de démarrer une entreprise?

Jenn Harper :
Oh. Excellente question. Mon conseil est de toujours faire preuve de constance. Si vous vous lancez, concentrez-vous chaque jour sur une petite chose et accomplissez-la. Puis, le jour suivant, recommencez encore et encore, puis arrêtez-vous et visualisez les choses. Fermez littéralement les yeux et réfléchissez aux mille fois où vous avez accompli des choses, car il arrive parfois que vous vouliez abandonner. Mais tout est une question de constance. Les gens me demandent : « Comment se fait-il que Cheekbone soit un succès? » Chaque jour, je me suis levée et j’ai travaillé de façon constante.

Lisa Bragg :
Jenn, dans chaque épisode, nous posons ces questions à nos invitées. J’aimerais bien connaître vos réponses. Quelle est votre réalisation la plus audacieuse?

Jenn Harper :
Je crois que c’est la création de Cheekbone Beauty.

Lisa Bragg :
À quel moment auriez-vous aimé être plus audacieuse?

Jenn Harper :
Quand j’étais plus jeune. J’aurais aimé être plus audacieuse quand j’étais plus jeune.

Lisa Bragg :
Que diriez-vous à la petite fille de 10 ans que vous étiez?

Jenn Harper :
Sois plus audacieuse. Sois plus audacieuse et plus courageuse. Oui. Et tu es plus puissante que tu ne le crois.

Lisa Bragg :
C’est ce qui conclut cet épisode d’Audacieu(se). Je suis votre animatrice, Lisa Bragg, et le balado vous est présenté par BMOpourElles. Notre invitée d’aujourd’hui était Jenn Harper, fondatrice de Cheekbone Beauty. Le balado Audacieu(se) est produit et monté par MediaFace. Si l’émission vous a plu, abonnez-vous et partagez-la avec votre réseau. Merci d’avoir été à l’écoute.

 

À propos du balado :
Présenté par BMOpourElles et animé par la journaliste et entrepreneure primée Lisa Bragg, Audacieu(se) propose des entretiens qui suscitent la réflexion et qui incitent les auditeurs à prendre des décisions audacieuses, dans la vie comme en affaires.

 

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