Alors que de nombreuses destinations touristiques sont inaccessibles ou désertées en raison de la COVID-19, à quoi ressemblera la « nouvelle normalité » dans le secteur du voyage? Mary Jean Tully, chef de la direction et fondatrice de Tully Luxury Travel, donne son point de vue sur les changements que le secteur a déjà vécus et sur ce qui s’en vient. Elle nous parle également de la raison pour laquelle nous ne sommes pas près d’arrêter de voyager : l’inspiration indéniable qui ressort des expériences que nous vivons au contact d’autres cultures et dans des endroits nouveaux.

Mary Jean Tully :
Le voyage unit les gens, et tout le monde a un besoin d’évasion. Et en ce moment, avec la COVID, nous avons besoin de projets, d’avoir hâte à quelque chose. Après le 11 septembre 2001, une nouvelle normalité s’est installée : les liquides étaient maintenant interdits dans les avions, il fallait enlever nos chaussures pour passer la sécurité à l’aéroport, etc. Aujourd’hui, la nouvelle normalité, ce sont les masques, le désinfectant pour les mains et une propreté accrue lors des voyages.

Lisa Bragg :
Mary Jean Tully, chef de la direction et fondatrice de Tully Luxury Travel, est une figure de proue dans le secteur du voyage. Alors que la COVID-19 continue de perturber les voyages et le tourisme à l’échelle mondiale, Mary Jean est optimiste quant à l’avenir. Je m’appelle Lisa Bragg et voici Audacieu(se), un balado relatant des histoires de femmes qui se distinguent, destiné à leurs semblables, et qui vous est présenté par BMOpourElles. Mary Jean, nous aimons tous passer de belles vacances, mais pour vous, les voyages sont l’objet d’une passion dévorante. Quand avez-vous réalisé que vous étiez faite pour ce secteur d’activité?

Mary Jean Tully :
Quand j’étais enfant, il y avait toujours des affiches de voyage partout dans ma chambre, et non des affiches de vedettes du rock ou de mannequins. J’étais en admiration devant une jeune fille de mon voisinage qui, en fait, avait plusieurs années de plus que moi. Elle conduisait une petite Spider rouge décapotable et, lorsqu’elle se rendait au travail, elle portait une petite jupe rouge serrée, une blouse blanche et un petit chapeau : elle était agente de bord. Elle allait à Paris, au Japon, à Rome et dans toutes sortes d’autres endroits, et je me disais qu’elle était la plus belle personne au monde et qu’elle avait une vie tellement parfaite. J’ai toujours pensé : « Oh! Quand je serai grande, je veux être comme elle. » Ma mère et mon père voulaient que je sois professeure d’anglais. J’étais très bonne en anglais, mais cette idée ne m’a jamais vraiment enthousiasmée.

Lisa Bragg :
Donc, vous rêviez de voyager, mais vos parents voulaient que vous deveniez professeure. Vous étiez d’ailleurs étudiante lorsque vous avez vu une annonce dans un journal à propos d’un emploi dans une nouvelle agence de voyages. Vous n’aviez pas de curriculum vitæ, donc vous en avez rapidement préparé un, puis qu’est-ce qui est arrivé ensuite?

Mary Jean Tully :
Je me suis immédiatement rendue à l’agence et j’ai dit à la réceptionniste : « Puis-je parler à la personne qui fera les entrevues jeudi? » Elle m’a dit : « Non, vous devez simplement nous remettre votre curriculum vitæ et quelqu’un va vous appeler. » Et j’ai répondu : « Mais si je remets mon curriculum vitæ, personne ne va m’appeler. S’il vous plaît, y a-t-il un moyen que je puisse voir… ? » Elle m’a répondu : « Non, il ne répond à aucun appel. » Je lui ai demandé qui ferait les entrevues. Elle m’a donné son nom. Je l’ai remerciée et je suis partie. Je suis allée consulter le répertoire près de l’ascenseur. J’ai vu à quel étage était son bureau, puis je m’y suis rendue. L’homme était au téléphone ou venait de raccrocher. Il portait une chemise blanche dont les manches étaient roulées, ainsi que des lunettes. Je me rappelle avoir frappé à sa porte. La porte était ouverte, mais j’ai cogné.

Mary Jean Tully :
Il m’a regardée à travers ses lunettes et je lui ai dit : « Bonjour. Je suis vraiment désolé de vous déranger, mais je m’appelle Mary Jean Trankina. » J’avais encore mon nom de jeune fille à l’époque. Je lui ai dit : « Je m’appelle Mary Jane Trankina et je sais que si je vous laisse mon curriculum vitæ, vous n’allez jamais m’appeler. Ce serait la plus grande erreur de votre vie, car j’ai toujours voulu faire ce travail. Quand je fais quelque chose qui me passionne, je le fais vraiment bien. Je peux travailler sans être payée pendant trois mois. Vous pourrez évaluer mon travail. Donnez-moi simplement cette occasion. Je vous en supplie. » Il m’a regardée et m’a demandé : « Quel est votre nom? » J’ai répondu : « Mary Jean Trankina. » Il l’a noté.

Mary Jean Tully :
Ils m’ont appelée. J’ai obtenu le poste. Ils ont commencé à me payer immédiatement. En sept mois et demi, je suis devenue directrice adjointe. C’est ainsi que ma carrière dans le domaine du voyage a commencé, et je n’ai jamais regretté ma décision. Je n’ai jamais accepté qu’on me dise « non », car je crois sincèrement que nous excellons dans ce qui nous passionne. Il s’agit de vraiment le vouloir, de le vouloir de tout son être. Et même en ce moment, en vous disant cela, je suis heureuse et j’ai presque les larmes aux yeux parce que j’aime toujours ce que je fais.

Lisa Bragg :
Et pourquoi aimez-vous tant votre travail?

Mary Jean Tully :
J’adore rencontrer des gens. J’adore connaître des cultures différentes.  J’ai un désir incroyable d’apprendre et de côtoyer des gens. Ce que je veux, c’est être dans les collines du Maroc et célébrer le ramadan avec les familles musulmanes et les Berbères.  Ce sont des choses que nous ne voyons pas souvent et que nous n’avons pas souvent l’occasion de faire, mais qui nous permettent de comprendre que peu importe notre pays, notre religion ou notre gouvernement, nous sommes tous pareils. Nous aimons passer du temps avec notre famille, manger et rire ensemble, et nous aimons nos enfants.

Mary Jean Tully :
Nous sommes émerveillés, puis nous rentrons à la maison et rencontrons des gens qui sont si blasés et fermés d’esprit qu’ils ne se rendent pas compte à quel point nous avons de la chance et à quel point nous sommes tous semblables. Les gouvernements sont différents, mais la plupart des humains sont pareils et les enfants partout dans le monde sont des êtres si magnifiques, aimants et ouverts. Ce sont nous, en tant qu’adultes, qui leur enseignons nos mauvaises habitudes, notre façon négative ou positive de voir les choses, mais les voyages nous ouvrent les yeux sur tant de choses. Ce sont des expériences que je n’échangerais pour rien au monde.

Lisa Bragg :
De toute évidence, vous avez vécu de nombreuses expériences formidables. Quelle a été votre expérience favorite? Est-ce un secret?

Mary Jean Tully :
Non, ce n’est pas un secret, car j’aime en parler pour que d’autres personnes puissent ressentir ce que j’ai ressenti lors de mon premier safari en Afrique. Je parle de ce sentiment de ne faire qu’un avec la nature, d’être entouré d’éléphants, d’entendre les oiseaux gazouiller et de voir toute cette végétation. C’est un sentiment inimaginable. Si vous parlez à quelqu’un qui a déjà participé à un safari, il vous dira que c’est l’une des expériences les plus extraordinaires qu’il ait jamais vécues. Le confort matériel est là. La tranquillité d’esprit et la sécurité sont là, puis il y a les communautés et les gens qui sont si aimables, et l’interaction entre les animaux et ce qui se passe. C’est ce qui m’a amenée à m’impliquer sérieusement dans des initiatives de conservation.

Lisa Bragg :
Parlez-moi un peu de ces initiatives de conservation, parce que votre entreprise fait activement la promotion de voyages durables et responsables, n’est-ce pas?

Mary Jean Tully :
En ce moment, je ressens l’obligation de devoir aider. Je peux attirer l’attention de nombreuses personnes sur la façon dont nous traitons les animaux dans les attractions touristiques. Je me suis promenée à dos d’éléphant. J’ai peint avec eux. Je leur ai donné le bain. En fait, dans une vidéo qui date de plusieurs années, je dit : « Oh! Regardez : l’éléphant sourit. » Je me promenais sur le dos de mon animal spirituel. Il ne souriait pas. L’éléphant a été arraché à sa mère deux jours après sa naissance et a subi un traitement appelé Phajaan, qui consiste à « briser l’esprit » de l’éléphant pour qu’il devienne docile. Quand j’étais petite, j’adorais aller au cirque. Aujourd’hui, nous sommes horrifiés de voir le traitement réservé aux animaux. J’ai la chance de parler pour les gens qui admettent aussi avoir fait ce genre d’activité parce qu’ils ne savaient pas comment ça se passait. Je crois sincèrement que la plupart des gens ont une valeur fondamentale qui fait qu’ils ne participeraient pas à de telles activités s’ils savaient vraiment ce qui se passe. Ils ne le feraient pas. Ils ne réagiraient pas de cette façon.

Lisa Bragg :
Nous ne pouvions pas savoir. Nous ne pouvons pas tout savoir.

Mary Jean Tully :
En effet. Il faut expliquer et montrer ce qui se passe. Par ailleurs, les gens savent que je ne fais pas d’argent avec ça, que cela n’a rien à voir avec l’argent; il s’agit plutôt de faire la distinction entre ce qui est bien et ce qui est mal, et les gens sont très ouverts à cela. Ils veulent changer.

Lisa Bragg :
En tant que l’une des plus grandes agences de voyages de luxe au monde, vous avez réussi à établir un équilibre entre le profit, les gens et la planète. Pourquoi est-ce si important pour vous?

Mary Jean Tully :
Il s’agit d’expliquer aux gens qu’ils peuvent loger dans un bel hôtel et faire toutes sortes d’activités, mais également contribuer à changer les choses s’ils le veulent. Par exemple, au Cambodge, vous pouvez payer 275 $ pour participer, avec votre famille, au creusage d’un puits. Les femmes parcourent quatre kilomètres, à l’aller et au retour, pour aller chercher de l’eau pour leur famille. Ce sont des actions concrètes. Vous payez sur place. Vous ne payez pas à moi. Vous payez directement là-bas. Peu importe que vous soyez seul ou avec vos enfants, vos amis, votre mari ou votre femme, vous creusez et vous voyez une famille obtenir un accès à l’eau pour la toute première fois. Quelle expérience enrichissante! Vous pouvez quand même séjourner dans un hôtel de luxe. Vous pouvez quand même aller à Angkor Vat et voir tout ce que vous voulez voir, mais vous aurez aussi contribué à changer les choses. Vous aurez changé une vie. Vous aurez contribué à changer le monde.

Mary Jean Tully :
À leur retour, les gens me disent : « Merci infiniment pour cette expérience. » Il s’agit de bien présenter les choses. Est-ce que tout le monde veut vivre une telle expérience? Non. Nous ne nous attendons pas à ce que ce soit le cas. Nous voulons simplement que les gens sachent que c’est possible. Quel exemple à donner à leurs enfants! Ce sont des expériences à vivre. Lorsque c’est terminé, les gens sentent qu’ils ont vécu quelque chose d’enrichissant, et ils veulent que leurs enfants puissent éprouver le même sentiment. Je tiens toujours compte de cela avec les voyages. Si vous ne vous souciez pas de l’argent et que vous faites ce qui est bien, vous en sortez gagnant, car les gens veulent que vous leur fassiez vivre de telles expériences. Ils veulent y retourner et en parlent à leurs amis. En même temps, nous contribuons à rendre le monde meilleur et nous ouvrons le cœur des gens. N’est-ce pas ce que nous devrions faire?

Lisa Bragg :
Vous m’avez déjà dit que vous vous efforcez de faire affaire avec des femmes. Dites-nous-en plus.

Mary Jean Tully :
Nous savons que dans de nombreux pays du monde, comme en Inde ou ailleurs, les femmes sont considérées comme des citoyens de deuxième ordre lorsqu’il est question d’éducation, et à la télévision et dans les films. Les hommes ont le droit d’étudier, mais rien n’est fait pour les femmes. Souvent, lorsque leur mari meurt, les femmes doivent subvenir aux besoins de leurs enfants en mendiant dans la rue. Même dans des pays comme le Maroc, et à bien d’autres endroits, il y a des femmes qui vivent dans une grande misère. Il y a quelques années, j’ai pris la résolution de faire affaire avec des femmes et j’ai eu des femmes guides extraordinaires. Puisque je travaille dans le secteur, je sais que lorsque vous demandez un guide, parmi tous ceux et celles qui font un bon travail, on vous fournit d’abord une liste des hommes. Je demande alors les services d’une femme guide. Dans les marchés de fruits et légumes ou d’autres types de marchés, je visite les kiosques tenus par des femmes.

Mary Jean Tully :
Ces femmes sont timides, gentilles, tellement reconnaissantes, et souvent accompagnées de leurs enfants. Je crois qu’il est essentiel qu’en tant que touristes, nous aidions ces femmes qui mènent une vie si difficile. J’aime proposer aux gens d’apporter quelque chose avec eux qu’ils pourront donner. Autour des complexes touristiques ultraluxueux partout dans le monde, que ce soit notamment au Vietnam, aux Philippines ou dans les Caraïbes, les gens n’ont rien. Un exemple : j’adore apporter des lunettes de lecture que j’achète au magasin à un dollar. Il n’y a pas d’ophtalmologistes dans la jungle ou dans la forêt. Le simple fait d’avoir accès à des lunettes de lecture ou à une loupe permet à beaucoup de personnes de subvenir aux besoins de leur famille et d’exercer des activités.

Lisa Bragg :
Pratiquement du jour au lendemain, le monde entier s’est arrêté à cause de la pandémie de COVID-19. Quelle a été votre expérience en tant que propriétaire d’entreprise dans un secteur qui a été perturbé de façon aussi importante?

Mary Jean Tully :
La situation était horrible. Les annulations fusaient de partout, d’absolument partout. Le monde entier s’est arrêté. Je suis à la tête de l’entreprise depuis 32 ans. Le premier employé que j’ai embauché est encore là. J’ai 83 employés, et ce fût très difficile de réaliser que nous ne faisions qu’annuler les réservations et que la situation n’était pas près de se régler. En plus, je suis le genre de personne qui sait résoudre les problèmes. Lorsqu’il y a un problème, je le règle. Mais il n’y avait aucun moyen de régler cette situation précise en raison de toutes les incertitudes et de tous les éléments inconnus. Et malgré tout, je pouvais comprendre les gens. L’une des plus grandes réussites de mon entreprise repose probablement sur le fait que je sais m’identifier aux clients, les bons comme les mauvais. Je pense comme le client. Je ne veux pas payer plus cher que nécessaire. Je ne veux pas qu’on me presse. Je veux avoir des options. Je veux que l’on communique avec moi.

Mary Jean Tully :
J’ai appris des choses chaque jour. En voici un exemple parfait : un groupe de 18 personnes d’une même famille avait un voyage prévu en Afrique pour juin 2021. Ces clients étaient préoccupés, car ils se demandaient ce qui allait se passer s’il n’y avait toujours pas de vaccin à ce moment ou s’il arrivait ceci ou cela. Je me suis mis à leur place et je leur ai dit : « Vous savez quoi? Vous n’avez pas à vous en préoccuper. Ne vous en faites pas. Ce voyage est censé être une expérience merveilleuse. Planifions-le plutôt pour 2022. Je vais tout de suite modifier les réservations pour vous, pendant qu’il y a encore des disponibilités. Si vous préférez faire autre chose près de chez vous et que vous ne voulez pas aller en Afrique, faites-le. »

Mary Jean Tully :
Les gens accordent beaucoup d’importance à notre capacité à nous mettre à leur place, et nous sommes gagnants parce qu’ils savent que nous avons leurs intérêts à cœur. La situation a été dévastatrice. Je ne peux pas dire à un client d’aller en voyage malgré tout et de ne pas s’en faire. Je me pose la question suivante : est-ce que je ferais moi-même ce voyage? Si la réponse est non, je ne veux pas que quelqu’un d’autre le fasse. Tout est une question de tranquillité d’esprit. Bref, la situation a été très difficile. Certains matins, je me levais et j’étais très déterminée, alors que d’autres, je voulais retourner au lit, me cacher sous les couvertures et pleurer comme un bébé, car je me demandais à quoi ressemblerait la nouvelle normalité et à quel moment la situation prendrait fin.

Mary Jean Tully :
Je suis tellement reconnaissante d’avoir une entreprise, et un partenaire d’affaires qui a les mêmes valeurs que moi. Nous avons accepté une réduction de salaire de 40 % dans l’ensemble. C’était nécessaire pour faire survivre l’entreprise. Nous avons des fournisseurs qui ont travaillé de manière remarquable avec nous au fil des ans. Mes clients ont communiqué avec moi pour me dire qu’ils annulaient leurs réservations pour le moment, mais qu’ils retourneraient en voyage et qu’ils feraient de nouveau affaire avec nous. C’est là l’essentiel. « Il s’agit de faire preuve d’intégrité. Et ne pensez pas que je n’ai pas eu peur comme tout le monde, car j’ai eu peur à bien des égards, mais les activités vont reprendre. Je vois déjà des signes que ça va reprendre. »

Lisa Bragg :
Nous savons tous que les agences de voyages ont été durement touchées au cours des dernières années par l’augmentation du nombre de sites de réservation à rabais sur Internet et par le nombre croissant de personnes qui se disent : « Je vais m’en occuper et tout faire moi-même. » Pensez-vous que la COVID-19 a aggravé la situation ou changé cette façon de penser?

Mary Jean Tully :
Dans la vie, tout est une question de relations, et il est très important de faire affaire avec une personne qui entretient ces relations et qui peut être votre porte-parole. C’est correct d’aller en ligne et de réserver un billet d’avion de New York à Los Angeles ou de Toronto à Vancouver, mais qui va vous aider si vous êtes coincé quelque part ou que quelque chose arrive? Nous ne facturons pas de frais de service, mais ce que nous offrons est inestimable : nous avons des connaissances pratiques et nous nous informons sur tout ce que le client a besoin de savoir, et je vais vous expliquer pourquoi. Le bien le plus précieux d’une personne, à part sa famille bien sûr, c’est son temps. Peu importe que vous gagniez 50 000 $ ou 150 000 $ par année ou que vous soyez retraité ou étudiant, votre temps n’a pas de prix.

Mary Jean Tully :
Notre travail consiste à trouver les meilleures solutions pour vous, à répondre à vos préoccupations et à vos peurs, à vous aider si vous voyagez avec une personne dont l’état de santé est plus précaire, etc. Tout repose sur les relations, soit celles que nous entretenons avec nos clients et nos fournisseurs. À l’heure actuelle, tout est en suspens. Supposons que la frontière entre le Canada et les États-Unis est fermée, mais que vous pouvez aller en Italie. D’accord. En ce moment, vous n’avez pas besoin de vous mettre en quarantaine lorsque vous arrivez en Italie, mais vous devez le faire à votre retour au Canada. Il y a tant de choses qui changent d’une journée à l’autre. Certaines compagnies aériennes acceptent de rembourser les billets, d’autres non. Nous nous sommes battus et je peux vous dire en toute honnêteté que nous avons obtenu des remboursements ou des crédits voyage pour tous nos clients qui ont dû annuler des réservations.

Mary Jean Tully :
Certaines personnes étaient nerveuses au sujet des crédits voyage. Comment pouvons-nous savoir si cette compagnie aérienne existera toujours? Nous devions être leur porte-parole et les gens ne savaient pas quoi penser. C’était horrible. C’est quelque chose qu’aucun d’entre nous n’a jamais vécu, et qui veut gérer cette situation seul? Nous avons joué un rôle essentiel pour ramener les clients à la maison et veiller à ce qu’ils se sentent en sécurité.

Lisa Bragg :
À force de nous entendre parler ainsi de voyage, nos auditeurs vont commencer à avoir des fourmis dans les jambes. Selon vous, qu’est-ce que l’avenir nous réserve sur le plan des voyages et du tourisme?

Mary Jean Tully :
Si vous m’aviez posé cette question il y a un mois, je vous aurais dit que par rapport à une période normale, tout change rapidement. Il y a du changement chaque jour, mais les gens demeurent passionnés par les voyages. Ils ne renonceront pas à leur droit de voyager. Il y a des gens très impatients qui, dès que les règles seront relâchées au Canada, sauteront dans un avion pour aller à la plage ou ailleurs. Ils n’iront toutefois pas s’asseoir dans un stade de soccer avec 40 000 personnes. Je crois que la nouvelle normalité d’aujourd’hui sera différente de celle d’avant. J’espère que la COVID aura donné l’occasion aux gens de réfléchir. Beaucoup de gens et beaucoup de mes clients ont dit qu’ils ne veulent plus se retrouver dans de grandes foules. Ils veulent vivre des expériences plus significatives et faire de meilleurs choix.

Mary Jean Tully :
L’approche va changer, notamment en ce qui a trait aux croisières, un secteur qui a injustement bien mauvaise presse en ce moment. Les hôtels et les croisiéristes seront certainement mieux préparés sur le plan médical et sur le plan de la propreté. Tous les bateaux de croisière auront une capacité réduite. Il est beaucoup question des avions. Reste à voir ce qui va se passer, car je vois encore des vols où trois sièges d’une même rangée sont occupés, et les gens prennent des photos et en parlent. Il y a du soutien envers le secteur du transport aérien. Je crois que les gens voyageront avec des masques et se laveront les mains plus souvent, mais il y a également des gens qui disent qu’ils ne voudront pas se retrouver dans une grande foule.

Mary Jean Tully :
Nous n’avons pas trouvé de vaccin contre le SRAS. Ça n’est jamais arrivé. Le virus a en quelque sorte disparu. Je pense que le processus prendra environ un an en fonction des protocoles. Je suis membre de conseils consultatifs de nombreux hôtels, croisiéristes et organisateurs de safaris, donc je suis informée des mesures prises. Il n’y aura plus de buffets nulle part, que ce soit pour le brunch du dimanche dans un hôtel ou sur les navires de croisière. Bien des endroits n’offriront même plus de minibars dans les chambres. Les choses seront organisées de manière totalement différente. Il y a aussi le nettoyage. Le directeur général d’un hôtel Four Seasons au Maroc m’a expliqué que l’hôtel laisserait s’écouler 24 heures avant qu’une chambre puisse être de nouveau occupée, afin qu’un nettoyage en profondeur soit effectué. Tous les établissements auront davantage recours à du personnel médical. Partout, on prendra la température des gens.

Mary Jean Tully :
J’espère sincèrement que ce sera le cas au Canada et aux États-Unis, car j’ai été stupéfaite de constater que ces deux pays n’utilisaient pas la prise de température. Ça se fait en Asie depuis très longtemps, et je crois qu’on va le voir de plus en plus maintenant. Par exemple, la compagnie aérienne Emirates affirme qu’elle effectue des tests directement à l’aéroport et qu’il faut 10 minutes pour obtenir les résultats. Je pense qu’on va voir une augmentation de ces mesures, tout comme l’interdiction des liquides à bord des avions, le retrait des chaussures à la sécurité de l’aéroport et d’autres mesures sont devenues la nouvelle normalité après le 11 septembre. Aujourd’hui, la nouvelle normalité, ce sont les masques, le désinfectant pour les mains et une propreté accrue lors des voyages. Il faut voir les choses dans une perspective entièrement différente. Il est très important que les gens comprennent que certains feront les choses mieux que d’autres, et c’est là que nous entrons en jeu.

Lisa Bragg :
Pensez-vous que les désirs des voyageurs, des consommateurs, ont changé?

Mary Jean Tully :
Je crois que tout le monde veut revenir à la normale. À quoi ressemble notre nouvelle normalité sur le plan personnel? Beaucoup de gens m’ont dit qu’ils avaient eu le temps de réfléchir. Ils veulent moins de gaspillage. Ils veulent passer plus de temps de qualité. Ils ne veulent pas se sentir pressés. Ils veulent vivre des expériences. Ils veulent se sentir mieux par rapport à eux-mêmes lorsqu’ils reviennent de voyage, ils veulent aider les autres, vivre le moment présent et être conscients de ce qu’ils font. Avant, nos vies étaient si occupées que nous étions toujours à la course. Nous ne prenions pas le temps de vraiment réfléchir à ce qui est important. Pour beaucoup de gens, je crois que la nouvelle normalité consiste à ralentir le rythme et à tirer parti de son environnement pour apprendre et progresser.

Lisa Bragg :
Vous avez des fournisseurs partout dans le monde. Vous parlez à tellement de personnes différentes. Nous avons même dû planifier cet appel pour que vous puissiez vous assurer d’être à l’heure avec vos fournisseurs d’Afrique et d’autres pays avec lesquels vous vous entretenez chaque jour. D’ailleurs,comment vont vos fournisseurs dans ces pays? Avez-vous des préoccupations à leur sujet?

Mary Jean Tully :
Je n’ai pas peur pour les grands fournisseurs comme les chaînes d’hôtel Four Season, Mandarin Oriental ou The Peninsula. De nombreuses personnes au sein de beaucoup de ces organisations ont été mises à pied ou congédiées. Je m’inquiète toutefois pour certaines petites agences indépendantes comme celles qui s’occupent, par exemple, des clients que nous envoyons à Saint-Pétersbourg, en Russie, et qui organisent des événements privés ou d’autres choses du genre. Tout dépend de la durée de la situation actuelle. On aimerait avoir une boule de cristal, mais on ne sait rien. Je crois que certaines organisations ont réduit leur taille. Elles avaient 20, 30 ou 40 employés et il leur en reste maintenant 5, mais elles vont en réembaucher.

Mary Jean Tully :
Beaucoup de pays dépendent du tourisme : en moyenne, 10 % de leur économie dépend du tourisme, mais en Croatie, par exemple, c’est 24 %. On peut penser aussi à l’Alaska. Les gouvernements vont intervenir. Il faut faire preuve de patience. Je crois que certains s’adapteront et rejoindront les autres, mais il y a des endroits, comme nous le voyons un peu partout dans le monde, qui auront malheureusement plus de difficulté à survivre à cette période. Je parle notamment de nos petits restaurants favoris, contrairement aux grands établissements. C’est une autre raison pour laquelle, en tant qu’agence de voyages, nous savons qui vit des difficultés. Nous savons ce qui se passe. Nous savons avec qui faire affaire et qui sera là, mais comme je l’ai dit, nous n’avons pas de boule de cristal. Tout dépend de la durée de la situation, mais c’est une triste réalité dans beaucoup de secteurs et de milieux.

Lisa Bragg :
Comme les voyages à l’étranger ne sont plus vraiment possibles pour de nombreux auditeurs du Canada et des États-Unis, nous allons chercher des endroits où voyager et passer nos vacances dans notre propre pays. Avez-vous des conseils sur des endroits où passer des vacances de rêve au pays? Nous cherchons toujours à aller ailleurs, mais nous devons cette fois regarder plus près de chez nous.

Mary Jean Tully :
Whistler, Banff et le lac Louise sont de beaux endroits où se rendre en voiture. Les trois quarts du Canada sont inhabités : la majorité des gens vivent dans un rayon d’environ 150 kilomètres de la frontière entre le Canada et les États-Unis. Notre pays est vaste et regorge de lacs et de régions magnifiques qui s’étendent jusqu’à l’île de Baffin, dans l’Arctique, et jusqu’à la frontière avec l’Alaska. Le Canada est un endroit idéal pour s’évader et rester loin des régions densément peuplées. Il en va de même pour les Américains, qui peuvent aller au Montana, en Utah, au Colorado, au parc national de Yosemite, etc. Il est possible de se tenir loin des foules si c’est ce qu’on veut. Personnellement, est-ce que j’irais à Disney World en ce moment? Non, et c’est parce que je veux de la tranquillité. Je veux relaxer. Il y a beaucoup de gens qui veulent simplement faire les choses en douceur. Qu’ils s’y rendent en voiture, en train ou en avion, ils veulent passer du temps dans la nature.

Mary Jean Tully :
Que la situation actuelle nous inquiète ou non, il y a probablement moins de risques à l’extérieur que dans un endroit fermé. Beaucoup de gens cherchent à faire des activités amusantes et différentes, comme marcher, faire un voyage à vélo, séjourner dans un ranch de tourisme ou faire du rafting au Colorado. Beaucoup veulent voyager avec leur famille et leurs enfants et vivre de belles expériences. Hier, quelqu’un m’a dit : « Une chose que j’aime, c’est que tous les soirs à 18 h, mon mari, moi et nos trois enfants allons marcher, et je ne veux pas perdre cette habitude. Je veux faire une activité parce que ça nous permet de parler. Tout le monde doit laisser son téléphone à la maison, et nous discutons. » Les gens veulent faire des activités en famille, dehors, et non passer leur temps sur Instagram, sur Snapchat, sur TikTok, etc. Ils veulent vivre de beaux moments, et il y a tellement d’endroits où c’est possible de le faire.

Lisa Bragg :
Je suis certaine que vous songez aussi à vos prochaines vacances. Où aimeriez-vous aller une fois que le monde aura adopté la nouvelle normalité?

Mary Jean Tully :
Oh! Je rêve de l’Afrique. J’ai hâte de retourner en Afrique. J’adore tout ce qui s’y rapporte, que ce soit au Botswana ou au Kenya. J’y ai fait beaucoup de choses. J’ai déplacé vers le Botswana des rhinocéros qui étaient dans des zones où ils étaient menacés de disparition en Afrique du Sud. J’ai vécu la sensation d’avoir un rhinocéros couché qui respirait dans mon cou et sur mon bras, et à qui j’ai donné de l’eau. Dans le parc national du Serengeti, en Tanzanie, j’ai participé avec le Grumeti Fund à une initiative visant à éviter les conflits entre les humains et les animaux sauvages : nous avons couché six éléphants en deux jours pour leur attacher un collier, et j’ai même injecté de l’adrénaline à un éléphant pour le réveiller. Ce sont des choses tout simplement surréalistes. Je ne pourrai jamais les oublier. J’ai tellement hâte d’y retourner. Tellement hâte.

Lisa Bragg :
À Audacieu(se), nous posons à nos invitées les trois mêmes questions. Quelle est votre réalisation la plus audacieuse?

Mary Jean Tully :
Le fait d’avoir côtoyé des éléphants et d’autres animaux sauvages dans la nature et d’avoir simplement fait confiance à mon instinct. J’ai participé à des initiatives de conservation qui auraient terrifié la plupart des gens, mais qui m’ont procuré une montée d’adrénaline incroyable. La majorité des gens n’oseraient pas faire ce genre de chose, mais j’ai adoré ça et je répète l’expérience sans m’en lasser.

Lisa Bragg :
À quel moment auriez-vous aimé être plus audacieuse?

Mary Jean Tully :
Je suis toujours audacieuse. Je crois toujours en moi et il n’y a aucun moment où j’aurais aimé être plus audacieuse. On aimerait tous parfois avoir dit certaines choses différemment, mais je suis très ouverte par rapport à mes sentiments et à d’autres aspects. J’ai une grande confiance en moi à cet égard.  Je ne suis cependant pas à l’aise avec la confrontation. J’ai de la difficulté à confronter les autres, sauf si la personne a fait quelque chose de mal. Mais autrement, j’aimerais parfois être plus audacieuse pour faire valoir mon opinion sur certains sujets.

Lisa Bragg :
Que diriez-vous à la petite fille de 12 ans que vous étiez?

Mary Jean Tully :
Continue, car tu sais quoi? Tu vas adorer ta vie.

Lisa Bragg :
C’est ce qui conclut cet épisode d’Audacieu(se). Je suis votre animatrice, Lisa Bragg, et le balado vous est présenté par BMOpourElles. Notre invitée d’aujourd’hui était Mary Jean Tully, chef de la direction et fondatrice de Tully Luxury Travel. Le balado Audacieu(se) est produit et monté par MediaFace. Si l’émission vous a plu, abonnez-vous et partagez-la avec votre réseau. Merci d’avoir été à l’écoute!

À propos du balado :
Présenté par BMOpourElles et animé par la journaliste et entrepreneure primée Lisa Bragg, Audacieu(se) propose des entretiens qui suscitent la réflexion et qui incitent les auditeurs à prendre des décisions audacieuses, dans la vie comme en affaires.

 

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