En milieu de carrière, la psychothérapeute Gail Golden a compris qu’elle avait besoin de changement et a fait le saut pour devenir une experte-conseil et une auteure prospère dans le domaine des affaires. Dans cet épisode d’Audacieu(se), elle parle de techniques clés tirées de son livre Curating Your Life, comme la pratique qui consiste à concentrer toute son énergie sur l’essentiel de ce pour quoi on veut être connu et du souvenir qu’on souhaite laisser. De la pratique de la bonté envers soi-même à l’apprentissage du moment et de la manière de dire non, Gail souligne l’importance d’embrasser la peur plutôt que l’ennui et de savoir ce qui compte vraiment dans sa vie.

Gail Golden :
Si vous dites non à ce qui n’a pas sa place, si vous dites que ce qui est assez bien est suffisant pour une foule d’autres choses, alors vous avez l’énergie nécessaire à consacrer à votre grandeur, à ce qui définit qui vous êtes, à ce qui constitue votre héritage et à ce qui compte vraiment pour vous. C’est très personnel. C’est différent pour chaque personne.

Mais si vous essayez d’atteindre la perfection dans tout, vous n’aurez pas l’énergie nécessaire pour exceller dans ce qui est vraiment important.

Lisa Bragg :
Gail Golden est psychologue, coach en rendement auprès de dirigeants, et maintenant auteure. Tout au long de sa carrière, elle a aidé des gens à gérer leurs vies professionnelle et personnelle chargées. Mais lorsqu’elle est retournée à l’école et qu’elle a opéré un changement de carrière dans la cinquantaine, elle a dû faire un bilan de sa vie et suivre certains de ses propres conseils.

Je m’appelle Lisa Bragg et voici Audacieu(se), un balado relatant des histoires de femmes qui se distinguent, destiné à leurs semblables, et qui vous est présenté par BMOpourElles.

Gail, vous avez une formation en psychothérapie, mais vous avez pris un virage. Un jour, vous avez eu toute une révélation. Dites-nous-en plus.

Gail Golden :
C’est vrai. J’ai commencé ma carrière en tant que psychothérapeute. Je suis titulaire d’un doctorat en psychologie clinique. J’ai travaillé très fort pendant de nombreuses années pour devenir une bonne psychothérapeute, ce qui, soit dit en passant, n’est pas facile à faire. C’est un travail très difficile. J’ai réussi à être bonne dans ce domaine et j’ai vraiment adoré ça.

Et puis un jour, un nouveau patient s’est présenté. Il s’était assis et m’expliquait pourquoi il venait me consulter. J’ai entendu la voix dans ma tête qui disait : « Je vous connais. Je sais ce que vous allez raconter, je sais ce que je vais dire. Je sais combien de temps tout cela va prendre. Je sais comment les choses vont se passer. » Et je me suis dit, oh là là!, ce n’est vraiment pas bien, parce qu’un client mérite une thérapeute qui soit plus investie que ça. Et franchement, je mérite un travail qui me stimule davantage.

Moi qui croyais que j’allais être thérapeute jusqu’à la fin de mes jours, il est peut-être temps que je commence à penser à faire autre chose.

Lisa Bragg :
A-t-il été difficile pour vous d’avoir cette révélation le lendemain?

Gail Golden :
Ce fut un choc. Je n’ai pas fermé mon bureau sur-le-champ ni fait quelque chose du genre. Mais ça m’a amenée à réfléchir. Je me suis demandé s’il était temps pour moi de faire autre chose et, si c’était le cas, qu’est-ce que ce serait?

Et pour être honnête, je n’ai jamais vraiment envisagé – même si je le dis à la blague – de déménager aux îles Caïmans et d’y ouvrir une boutique de plongée. Je savais que je voulais mettre à profit le travail que j’avais déjà accompli, que j’avais beaucoup appris sur ce qui motive les gens à agir et sur la façon de les aider à changer. Je voulais pouvoir faire autre chose avec cette expérience et ces connaissances.

J’ai donc commencé par parler à d’autres psychologues qui faisaient différents types de travail, et par découvrir ce qu’ils faisaient, ce qu’ils aimaient et ce qu’ils n’aimaient pas de ce travail. Très vite, j’ai fini par comprendre que les personnes qui semblaient avoir le plus de plaisir et gagner le plus d’argent étaient les psychologues qui conseillaient les entreprises et les dirigeants d’entreprise.

Je me suis donc mise à penser, hum, hum! C’est peut-être ce que je devrais envisager pour la suite des choses.

Lisa Bragg :
Quel âge aviez-vous quand vous avez eu cette révélation?

Gail Golden :
Je devais être à la fin de la quarantaine. C’était à l’époque où mon plus jeune fils était à la mi-parcours de ses études secondaires. Il allait donc s’écouler encore quelques années avant qu’il quitte le nid et que nous n’ayons plus d’enfants à la maison. C’était une période de ma vie où j’envisageais des possibilités, dont celle de m’établir ailleurs. Et cette idée que je pourrais vouloir faire autre chose s’inscrivait dans ce modèle de changement plus large.

Comme je l’ai dit, je me suis vraiment intéressée à la psychologie des affaires, en partie parce qu’il me semblait que si je pouvais aider les dirigeants d’entreprise à mieux faire leur travail, cela aurait une incidence très positive sur beaucoup de gens, ce qui m’a enthousiasmée du point de vue de mon besoin d’aider les gens à vivre mieux. Par ailleurs, je me suis rendu compte que si je voulais faire cela, je devais probablement d’abord apprendre quelque chose au sujet des affaires, un domaine sur lequel j’ignorais presque tout.

C’est une difficulté à laquelle j’ai été confrontée à ce moment-là.

Lisa Bragg :
Alors, qu’avez-vous fait?

Gail Golden :
Je me suis dit que je pourrais suivre un cours de deux semaines vite fait sur les affaires à l’intention des personnes qui ne sont pas des gens d’affaires ou quelque chose du genre. J’ai appelé la très prestigieuse école de gestion de l’université locale. Nous vivions au Canada à l’époque, et j’ai demandé à mon interlocutrice au téléphone : « Voici qui je suis, voici ce que je pense vouloir faire. Que me recommanderiez-vous? »

Elle m’a répondu : « Vous devriez obtenir un MBA. » J’ai ri, parce que j’avais traité des gens inscrits au programme de MBA et je savais à quel point c’était stressant et exigeant, et ce que cela faisait à leur vie personnelle. Je me suis dit : « Vous plaisantez? » Je ne consacrerai pas deux ans à l’obtention d’un MBA.

Mais lorsque j’en parlais avec des gens, pratiquement tout le monde me disait que c’était une idée formidable, que ça allait me permettre, en termes de connaissances et de crédibilité, d’exercer la profession vers laquelle je disais vouloir me tourner par la suite. Ainsi, j’ai présenté une demande d’admission à l’école de gestion, j’ai été admise au programme et j’ai passé les deux années suivantes à gérer mon cabinet et à fréquenter l’école à temps plein.

Lisa Bragg :
C’est beaucoup à assumer.

Gail Golden :
Exactement. Ce furent les deux années les plus actives de ma vie. Même si je tiens compte de la période où j’avais des enfants en bas âge, ce sont ces deux années-là qui m’ont tenue le plus occupée. J’ai eu beaucoup de chance, parce que j’ai enrôlé mon mari et le seul de mes fils qui était encore à la maison à l’époque (j’ai trois garçons et c’était le plus jeune de la fratrie). Je leur ai dit ceci : « Écoutez, si je dois me lancer, sachez qu’il y a beaucoup de choses que je fais à l’heure actuelle et que je ne pourrai pas faire au cours des deux prochaines années. Est-ce que ça vous va? Pouvez-vous prendre la relève en partie? » Ils l’ont fait.

Avec le soutien de ma famille, je me suis plongée dans le programme de MBA. Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. En fin de compte, j’ai adoré ça. C’était passionnant, complètement différent de tout ce que j’avais fait auparavant. Ça m’a complètement soufflée; un tas d’idées préconçues que j’entretenais sur le monde des affaires, sur le type de personne que sont les dirigeants d’entreprise et sur le fonctionnement de tout ça ont volé en éclat. Ce fut une excellente décision et une très bonne transition vers ma deuxième carrière.

Lisa Bragg :
Qu’est-ce qui vous a permis de tenir le coup pendant ces moments difficiles? Ce fut la période la plus éprouvante de votre vie. Qu’est-ce qui a fait en sorte que vous n’avez pas tout abandonné?

Gail Golden :
Eh bien, quand j’affirme que c’était la période la plus difficile de ma vie, je veux dire au juste que c’était la période la plus chargée de ma vie. Beaucoup de choses dans ma vie à l’époque étaient assez merveilleuses. J’étais et je suis toujours unie à un mari très aimant et mon fils, qui n’avait pas encore quitté le nid familial, était une source de joie. Mes deux autres fils ont été extraordinaires. Ils étaient déjà partis à l’université.

Il y avait beaucoup de bonnes choses autour de moi, nous avions atteint une certaine sécurité financière. Et je travaillais à quelque chose qui me tenait à cœur et m’intéressait de plus en plus. J’étais la seule psychologue à avoir suivi ce programme de MBA. Je proposais un point de vue unique.

J’apportais mon bagage et en même temps, j’apprenais tellement de mes collègues étudiants, et des professeurs – la différence d’âge entre moi et la plupart des professeurs était moindre qu’entre moi et la plupart des étudiants. J’ai noué de très bonnes relations avec les professeurs et les étudiants. C’était vraiment difficile, mais vraiment amusant.

Lisa Bragg :
Vous avez amorcé un virage vers l’âge de 50 ans. Beaucoup de gens croient que c’est à l’âge de 20 ou 30 ans qu’il faut agir, mais c’est plutôt à 45, 50 ou 60 ans. Nous avons tant à offrir au monde, tant d’expérience, mais nous craignons d’être trop vieux pour opérer ces transitions.

Quels conseils de carrière donneriez-vous aux personnes qui envisagent une transition comme celle que vous avez effectuée?

Gail Golden :
Eh bien, quand j’ai réalisé que j’avais 50 ans à la sortie de l’école de gestion, je me suis demandé qui allait bien vouloir embaucher une quinquagénaire fraîchement diplômée d’un MBA. Avant de m’inscrire au programme de MBA, je suis allée trouver un des membres du corps professoral de l’école de gestion et lui ai posé la question. Il a été formidable.

Il m’a regardé et a dit : « Gail, des gens refuseront de vous embaucher parce que vous êtes une femme. Des gens refuseront de vous embaucher parce que vous êtes Juive. Des gens refuseront de vous embaucher parce que vous avez 50 ans. Ce sont des gens stupides et vous ne voulez pas travailler pour eux. »

Ça m’a fait rire et m’a convaincue que je pouvais être une femme juive de 50 ans et trouver un emploi. C’est ce que j’ai fait, d’ailleurs. J’ai décroché un excellent emploi. J’ai obtenu le poste avant même d’obtenir mon diplôme. L’entreprise m’a attendue quelques mois, le temps que je termine ma maîtrise.

Je conseille donc aux gens de ne jamais, jamais laisser l’âge être un obstacle. Écoutez, si j’avais décidé à 50 ans de devenir ballerine, je n’aurais probablement jamais pu le faire. C’est à l’âge de huit ans ou à peu près qu’il faut commencer à envisager de devenir ballerine. Des portes se ferment.

Mais tant de possibilités s’offrent à nous jusqu’à un âge avancé. Et plus je discute avec des gens qui prennent un véritable virage en milieu de carrière, plus je parle à des gens motivés, enthousiastes et positifs. Je ne crois pas avoir jamais rencontré quelqu’un qui m’ait confié avoir décidé d’opérer cette transition et s’en mordre les doigts. Cela ne veut pas dire que c’est facile. Vous m’avez demandé à quel point mes années à l’école de gestion avaient été difficiles. L’année qui a suivi ma sortie de l’école a été plus rude encore. Ma première année sur le marché du travail, après l’obtention de mon MBA, a été encore plus dure.

Ce n’est pas que ce soit facile. Mais qu’est-ce que ça en vaut la peine!

Lisa Bragg :
En quoi cela a-t-il été plus difficile? Avez-vous eu de la difficulté à vous mettre dans cet état d’esprit de débutante, parce que vous étiez déjà bien établie et vous réussissiez si bien dans votre ancienne carrière?

Gail Golden :
Tout à fait. Je me suis rappelé la courbe d’apprentissage à mes débuts comme psychologue clinicienne. Je savais que j’allais devoir réapprendre. Mais je m’étais dit que j’avais, quoi qu’il en soit, 25 ans d’expérience à mon actif. Que je connaissais déjà tout ça, et que ça ne pouvait pas être aussi difficile la deuxième fois.

Eh bien, la réalité a été brutale. J’avais été une experte respectée et bien connue dans mon domaine. J’avais écrit une chronique dans un journal et j’avais fait toutes sortes de choses. Je suis revenue habiter à Chicago à cette époque, où se trouvaient nos racines et personne ne savait qui j’étais. Ma famille me connaissait et m’aimait, mais c’était à peu près tout. Je partais de zéro, à la fois pour me faire une réputation, mais plus fondamentalement encore, pour apprendre à exercer cette profession qui était très, très différente de celle que j’avais l’habitude de pratiquer, à bien des égards.

Je me rappelle, à peu près au milieu de cette année-là, avoir pensé : « Oh, mon Dieu, j’avais une belle vie. Pourquoi est-ce que je me suis infligé ça? » Je me suis dit : « Gail, tu avais le choix : l’ennui ou la peur. Tu as choisi la peur. » Cela m’a aidée et m’a fait réaliser que l’autre option aurait été pire. Que même si c’était terriblement dur, j’allais trouver mon chemin. Que c’était normal d’avoir peur, qu’il fallait que je persévère et que je me débrouille.

Mais l’idée que j’avais le choix entre l’ennui et la peur et que j’avais opté pour la peur m’a donné l’impression d’être un peu plus maître de la situation. Ça m’a aidée à faire la part des choses.

Lisa Bragg :
Avez-vous déjà posé le regard sur une personne et pensé qu’elle avait les choses bien en main? Vous savez, on voit tant de choses en ligne. On dirait, ma foi, qu’elle est parfaite. Elle a une vie bien organisée, elle est superbe et rien ne l’atteint. Elle n’a pas peur. Elle ne s’ennuie pas.

Gail Golden :
Oui, tout à fait. Il est intéressant que vous me posiez cette question, car elle comporte deux volets. D’une part, lorsque j’étais thérapeute, beaucoup de mes clients donnaient l’impression qu’ils étaient maîtres de la situation; or, ils venaient me consulter et se mettaient à pleurer. Ils me racontaient toutes sortes de choses vraiment tristes, difficiles et angoissantes concernant leur vie que jamais ils ne confieraient à personne d’autre.

Mes clients m’ont appris que, sous la surface, les personnes qui semblaient maîtres de la situation vivaient souvent de grandes souffrances. Mais cela ne m’a pas empêchée de continuer d’observer des personnes qui n’étaient pas mes clients et qui avaient l’air en contrôle de la situation : une maison impeccable, des enfants parfaits. Elles dirigeaient de grandes entreprises ou exerçaient une profession importante. Elles étaient actives dans la collectivité et toujours tirées à quatre épingles. Pourquoi ne pouvais-je pas être comme elles?

Puis, un jour, j’ai eu cette prise de conscience bouleversante. Je ne me souviens même pas exactement comment… sans doute des propos qu’on ma tenus, et j’ai pensé : « Oh, mon Dieu, des gens me considèrent et pensent que je suis ce genre de personne. Que j’ai tout pour moi, que j’ai calculé mon coup. Et pendant ce temps, je me sens brisée à l’intérieur. J’arrive à peine à rester cramponnée au rocher.

Peut-être que ces gens qui ont l’air si parfaits et semblent tellement maîtres de la situation se démènent autant que moi. Et cela a vraiment détruit le mythe que j’entretenais, celui de la personne à la vie parfaite, parce que d’après mon expérience, personne ne mène ce genre de vie.

Lisa Bragg :
Non, personne. Cette quête de la perfection… sa façade. Je trouve fort intéressant le fait que, souvent, nous considérions des histoires sans demander aux gens qui en sont les protagonistes de nous raconter leur parcours du héros. Seule l’issue nous importe, et leur côté parfait du moment, mais nous ne grattons jamais le bobo, n’allons jamais au fond des choses pour découvrir les épreuves qu’ils ont traversées.

Gail Golden :
C’est vrai. Ce que je veux dire, j’imagine, c’est que le parcours du héros dans les mythes mène à ce « bonheur jusqu’à la fin des temps ». Or, d’après mon expérience, ça ne marche pas comme ça dans la vie. Même si vous menez une bonne vie, même si vous avez du succès, que vous êtes à l’aise financièrement et en bonne forme physique, et tout le tralala, il vous arrive encore de prendre des raccourcis. Il reste encore des sphères dans lesquelles vous êtes médiocre ou pis. Il existe encore des domaines dans lesquels vous avez l’impression de ne pas être à la hauteur. Et c’est vrai pour toutes les personnes que j’ai rencontrées.

Lisa Bragg :
Alors, comment venir à bout de cette mentalité de la perfection et comment viser le perfectionnisme?

Gail Golden :
C’est un sujet auquel j’ai beaucoup réfléchi. Je suis d’avis que la conciliation travail-vie personnelle – le concept d’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle – fait partie du problème. Parce que j’estime que la notion de conciliation travail-vie personnelle laisse entendre que si on arrive à trouver le bon équilibre, on peut vraiment tout faire.

Je dirais que non, on ne peut simplement pas tout faire. Au lieu d’essayer de comprendre en quoi consiste cet équilibre magique, envisageons la question sous un autre angle. Et c’est là que je me suis mise à travailler sur le concept qui consiste à organiser sa vie.

Si vous admirez une collection ou que vous visitez une exposition muséale magnifiquement montée, sachez que la personne – le conservateur – qui l’a préparée n’y a pas réuni tous les trésors du musée. S’il l’avait fait, le résultat aurait été un fouillis sans bon sens.

Il a plutôt pris des décisions – parfois difficiles – concernant de magnifiques œuvres d’art qui n’allaient pas être exposées. Il n’avait pas l’intention de s’en débarrasser, de les mettre dans l’arrière-salle, mais il n’allait pas les intégrer à l’exposition.

Et même parmi les œuvres choisies par le conservateur, certaines cadrent avec l’exposition mais n’en sont pas les pièces maîtresses. Elles sont donc installées dans une salle annexe, quelque part, où les gens peuvent les contempler s’ils en ont vraiment envie. Ensuite, viennent les deux ou trois objets ou œuvres phares de l’exposition, les éléments qui en sont le thème. Ces éléments sont placés dans un endroit bien en vue, où les gens les verront à leur arrivée, et figurent sur l’affiche de l’exposition.

Je me suis mise à réfléchir à ce qui arriverait si je considérais mon énergie de la même façon qu’un conservateur considère une exposition. Il faudrait d’abord que je sache quel est le sens de ma vie en ce moment – il pourrait changer, mais il est ce qu’il est à l’heure actuelle. Ensuite, sur cette base, quelles sont les choses que je fais actuellement que je ne vais pas faire? Elles ne s’inscrivent dans rien, n’ont pas leur place; elles ne sont pas assez liées à l’objet de mon exposition. Je vais donc les abandonner.

Et quelles sont les choses…? Je dois continuer à les faire. Elles sont importantes pour moi ou pour des gens qui comptent pour moi, mais ce n’est pas mon fort. Ce n’est pas ce dans quoi je veux exceller. Je dois juste être assez bonne dans ces domaines. Je n’ai pas à être parfaite. Je n’ai pas à être exceptionnelle ou géniale. Ce qui est assez bien est suffisant.

Lisa Bragg :
Ce qui est assez bien est suffisant. L’idée me plaît.

Gail Golden :
Si vous faites ces deux choses, si vous dites non à ce qui n’a pas sa place, si vous dites que ce qui est assez bien est suffisant pour une foule d’autres choses, alors vous avez l’énergie nécessaire à consacrer à votre grandeur, à ce qui définit qui vous êtes, à ce qui constitue votre héritage et à ce qui compte vraiment pour vous. C’est très personnel, c’est différent pour chaque personne. Mais si vous essayez d’atteindre la perfection dans tout, vous n’aurez pas l’énergie nécessaire pour exceller dans ce qui compte vraiment.

Lisa Bragg :
Il y a beaucoup à dire à ce sujet. Parlons-en. Comment aborder ces questions? Parce que nous n’avons même pas 10 ou 20 minutes. Oubliez l’idée d’aller prendre un bain. Comment approfondir toutes ces excellentes questions que je vais poser à nouveau?

Gail Golden :
D’une certaine manière, je crois que cela nous est imposé. Ça m’a été imposé le jour où je me suis rendu compte que mon client m’ennuyait. Parfois, cela nous est imposé alors qu’on est assise à la table de la cuisine, qu’on est là à pleurer, à avoir l’impression d’être tellement dépassée par tout et à ne se sentir absolument pas à la hauteur.

Et, parfois, il se trouve que l’on sait qu’il faudra y réfléchir encore un coup. Je vois le concept d’organisation de la vie comme un guide sur la façon d’avoir cette réflexion. À d’autres moments, c’est peut-être une étape de la vie. J’ai 40 ans, ou mon plus jeune a quitté la maison, ou mes parents sont décédés et ils me manquent terriblement, mais je n’ai plus à consacrer mon énergie à prendre soin d’eux. J’ai maintenant de l’énergie pour autre chose.

C’est dans ces moments qu’on se demande : « Et maintenant? » Le cadre d’organisation de la vie aide à plonger dans cette réflexion d’une manière qui mènera vers quelque chose de mieux.

Lisa Bragg :
Gail, dans un chapitre de votre livre vous parlez de la réduction et de la conservation de son musée. J’adore cette idée d’assurer la conservation de son musée. Et vous posez des questions comme : qu’est-ce que je fais actuellement qui puisse faciliter le processus? Pouvez-vous m’en dire davantage?

Gail Golden :
Ce que je fais actuellement, j’imagine, comporte deux volets. Le premier consiste à déterminer ce que je vais abandonner parmi toutes les choses que j’accomplis en ce moment. Parce qu’elles ne cadrent pas avec mon exposition, elles n’ont pas à en faire partie. Alors je m’en débarrasse. Il y a toutes sortes de façons de m’en débarrasser. Je consacre un chapitre tout entier du livre aux façons de dire non.

Et puis il y a la catégorie intermédiaire, celle qui donne le plus de fil à retordre aux personnes très performantes. C’est la catégorie des choses qui doivent figurer dans mon exposition, qui doivent être accomplies sans pour autant être exécutées à la perfection. Une exécution juste assez bien suffira.

À l’occasion, quand je cherche à provoquer, je dis qu’il faut embrasser la médiocrité.

Lisa Bragg :
Oh… (rires)

Gail Golden :
Oui. Ne pas se sentir coupable de cela, ne pas s’en excuser. Dire simplement que la médiocrité suffit dans ce cas, parce que l’objet principal de l’exposition est tout autre.

Lisa Bragg :
Gail, je crois que beaucoup d’auditeurs vont se poser des questions à ce sujet. Médiocre. Nous sommes nombreuses à souffrir du syndrome de la bonne fille. Très jeunes, on nous a appris qu’il fallait avoir de bonnes notes et baisser la tête et qu’on allait se faire remarquer si on faisait ce genre de choses. Le perfectionnisme nous est venu parce qu’on nous en a fait l’éloge tellement tôt et si souvent.

Gail Golden :
Oui. Je suis tout à fait d’accord avec vous. En fait, les leçons que nous avons apprises quand nous étions enfants expliquent en grande partie pourquoi nous sommes bloquées dans ce processus. Ce n’est pas que les leçons aient été mauvaises, c’est que les petits enfants assimilent les choses d’une façon très rigide, en noir et blanc.

Par exemple, il y a une histoire dans le livre au sujet d’un garçon qui était bon élève. Quand il rentrait de l’école et annonçait à son père qu’il avait eu 98 % à un examen, celui-ci lui demandait toujours en plaisantant à moitié ce qui était arrivé aux 2 % restants. Le père ne voulait pas se montrer cruel avec son fils, mais il voulait l’encourager à faire de son mieux.

Eh bien, l’enfant comprenait que son père insistait sur le fait qu’il devait être parfait. Non seulement dans tous ses travaux scolaires, mais aussi dans tout ce qu’il faisait, tout le temps. Des années plus tard, il a pu approfondir la question et affirmer : « Vous savez quoi? Oui, mon père était pétri de bonnes intentions et m’encourageait. Et, oui, je pense qu’il était important de bien faire mes travaux scolaires. Mais je n’ai pas besoin d’être parfait dans tout, en tout temps. »

En fait, c’est une norme impossible à respecter. Je dirais en plaisantant à moitié que Léonard de Vinci, qui excellait dans beaucoup de domaines – plus que la plupart d’entre nous ne le feront jamais –, était probablement assez médiocre dans un tas d’autres domaines, dont nous n’avons pas souvenir. Parce que ce n’était pas son truc.

La vérité implacable, j’imagine, c’est que nous sommes médiocres dans la majorité de nos activités. Et nous passons notre temps à nous le reprocher. Au lieu de dire : « Oui, c’est mon choix! » Je vous donne un exemple. J’habite sur le parcours du marathon de Chicago. Les coureurs passent juste devant ma fenêtre avant. Chaque année, je sors de chez moi et regarde ces magnifiques coureurs avaler leurs 42,2 kilomètres. Je les admire vraiment.

Je suis une coureuse médiocre. Je sors deux, peut-être trois fois par semaine. Je cours cinq kilomètres à une vitesse lente. C’est ce que je fais depuis des dizaines d’années. Je ne courrai jamais plus vite. Je ne parcourrai jamais de plus longues distances. Je ne participerai jamais au marathon de Chicago, et ça ne me dérange pas. C’est ce qui convient à mon exposition. Je ne veux pas être physiquement inactive, mais je me fiche d’être une athlète de calibre mondial. Je laisse ça aux autres. C’est ce que j’entends par embrasser la médiocrité.

Lisa Bragg :
Ne vous culpabilisez pas, il n’y a pas de mal à se donner à 65 % ou à 70 % dans certaines tâches, certains domaines.

Gail Golden :
Oui, oui. Je trouve dommage qu’une personne ne nourrisse aucune passion et ne vise l’excellence dans aucun domaine. Ce n’est pas le genre de vie que je voudrais mener. Mais l’idée qu’il faudrait être parfaite dans tout, mon Dieu, ça m’épuise rien que d’y penser.

Lisa Bragg :
Moi aussi. Mais je crois que, souvent, on finit par s’excuser ou on dit aux gens qu’on ne va donner que ces 60 %. Nos 60 % correspondent peut-être à leurs 120 %, pour utiliser un thème sportif, et c’est là que nous en faisons trop. C’est une tâche qui demande des efforts à hauteur de 60 %.

Gail Golden :
Absolument! Dans mon livre, je conseille notamment aux gens qui se résolvent à faire quelque chose de médiocre de ne le révéler à personne, d’y aller tranquillement et d’assumer leur médiocrité. La plupart du temps, personne ne le remarquera.

Je crois que les femmes en particulier, ont tendance à s’excuser d’avance : « Je suis désolée, je n’ai vraiment pas eu le temps de me préparer aussi bien que je l’aurais souhaité. » Ne dites pas ça, entrez, apportez ce que vous avez. S’il y a une lacune ou que vous ratez quelque chose, alors vous présentez vos excuses et apportez la correction nécessaire.

Lisa Bragg :
Gail, je sais que bon nombre de nos auditeurs sont Canadiens – je suis Canadienne. Selon un stéréotype, nous passons notre temps à nous excuser. Nous devons reléguer ce stéréotype aux oubliettes et cesser de nous excuser de certaines performances réalisées à 65 % ou 70 %. Voilà une chose de plus à faire.

Gail Golden :
C’est certain. Aux États-Unis, on dit à la blague qu’on reconnaît un Canadien au « merci » qu’il dit aux distributeurs de billets de banque. Ou qui s’excuse auprès de… J’ai vécu au Canada 25 ans, alors je suppose que cela fait de moi une personne biculturelle.

Et je crois que la capacité à s’excuser est une compétence interpersonnelle très importante. Les personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas s’excuser ont vraiment une faiblesse et se créent des difficultés pour elles-mêmes et pour les gens qui les entourent. Mais il y a aussi cette tendance à s’excuser à l’excès. S’excuser à l’avance ou pour des choses qui ne méritent pas vraiment d’excuses, ou présenter des excuses encore et encore pour quelque chose que l’on a fait, au point où l’autre personne commence à se sentir mal à l’aise.

Nous devons tous, selon moi, apprendre à nous excuser avec sincérité, puis passer à autre chose. C’est un aspect sur lequel beaucoup d’entre nous doivent travailler.

Lisa Bragg :
On a vraiment l’impression que le monde vit une grande période de bouleversements en ce moment. Tellement de choses nous arrivent. Le monde est très masculin. Les règles sont établies principalement par les hommes et ce n’est pas nous qui menons le jeu. En tant que femmes, comment pouvons-nous nous approprier cela et changer les choses pour nous tous en cette période de fortes turbulences?

Gail Golden :
C’est une grande question. Je crois ne pas avoir les compétences pour y répondre. Je dirais qu’en ce qui a trait à l’organisation de sa vie, je crois que les détails entre les hommes et les femmes sont différents, mais que le problème est le même.

J’ai beaucoup travaillé avec des clients de sexe masculin. J’ai trois fils, je reçois des clients de sexe masculin à mon cabinet de psychothérapie et à mon cabinet de coaching de dirigeants. Ils souffrent eux aussi de cette situation et ne se sentent pas à la hauteur; ils remettent en question les choix qu’ils font et se demandent s’ils n’ont pas manqué le coche.

Voici un des plus tristes exemples : lorsque j’étais thérapeute, j’ai travaillé avec un père, début quarantaine, qui commençait à sentir qu’il avait raté le coche avec ses enfants. Il avait consacré tout son temps à son travail et n’entretenait pas de liens avec ses enfants. C’est au moment même où ceux-ci s’éloignaient de leurs parents et se rapprochaient de leur groupe de pairs comme principales sources de relations qu’il a décidé qu’il était temps pour lui de commencer à établir des relations avec eux.

Le père tendait la main à ses enfants, qui lui répondaient : « À plus tard, papa, pas intéressé. » C’était si triste et ça lui faisait vraiment de la peine. Il ne s’agit donc pas uniquement d’un problème de femmes, c’est ce que je veux dire; les hommes aussi sont aux prises avec ce problème.

Nous, les femmes, sommes tenues de nous conformer à des normes plus élevées. Nous savons, par exemple, que lorsque les femmes commettent des erreurs au travail, il y a moins de chances qu’on les leur pardonne. Être une femme sur le marché du travail est difficile à bien des égards et plus compliqué que d’être un homme dans la même situation.

Ma première réaction à cela est qu’il vaudrait mieux commencer par éviter la mesquinerie envers nous-mêmes, parce que le monde qui nous entoure va se montrer dur à notre égard. Nous devons bien comprendre que cette voix dans notre tête ne fait pas écho à ces exigences déraisonnables et à ces déclarations avilissantes que nous entendons du monde extérieur. La voix dans notre tête devrait nous être bonne et douce.

Lisa Bragg :
Ça me plaît beaucoup. On entend tellement qu’il nous faut être notre meilleure amie et passer outre les voix de filles méchantes que nous imaginons.

Gail Golden :
Oh, oui, cette voix, je l’appelle l’odieuse colocataire. Celle qui vous dit toujours à quel point vous êtes nulle, comment vous avez merdé et comment les autres s’en sortent tellement mieux que vous.

J’estime que la capacité de gérer cette voix avec beaucoup de fermeté et de lui dire de se taire et de ficher le camp est un élément important pour maîtriser ce défi de la vie et être une personne performante.

Lisa Bragg :
J’aimerais beaucoup l’évincer.

Gail Golden :
Oui!

Lisa Bragg :
Nous traînons cette odieuse locataire et nous faisons aussi cette chose étrange qui est de nous déprécier et de nous sous-estimer. Je suppose que ça reste l’agissement de l’odieuse colocataire, mais nous nous exprimons à voix haute, alors ça sort de notre tête. Pourquoi tant de dénigrement?

Gail Golden :
D’une certaine façon, je pense que c’est un mécanisme d’autodéfense, et c’est là l’autre piège qui guette beaucoup de femmes : elles donnent l’impression d’être pleines d’assurance, fortes et sûre d’elles. Dans certains contextes, cela va très bien fonctionner. Mais dans d’autres, on vous taxera d’arrivisme, d’autoritarisme et d’autres termes moins polis encore.

Je crois qu’il nous arrive de faire de la surcompensation. On se dit : « Je ne veux représenter une menace pour personne, je ne veux pas qu’on pense que je suis méchante. Je vais donc me dévaloriser en toutes circonstances, faire de mauvaises blagues à mes dépens ». Mais ça ne marchera pas non plus. C’est donc un chemin des plus difficiles pour les femmes performantes qui bénéficient d’une grande visibilité.

Lisa Bragg :
Que se passe-t-il lorsque nous nous dénigrons? D’une certaine manière, c’est bien parce que ça calme les choses. Mais quel effet cela a-t-il parfois sur notre carrière et sur les gens qui entendent nos propos? Parce qu’il arrive que nous ne nous rendions même pas compte que nous nous déprécions.

Gail Golden :
C’est vrai. J’aime ce que vous venez de dire. Comme toutes les autres habiletés interpersonnelles, il y a un temps pour se moquer de soi-même. Prendre quelque chose à la légère et accepter d’être le dindon de la farce peut être charmant, humanisant. Cela peut mettre les autres à l’aise. Je n’ai aucun problème à ce que des hommes ou des femmes le fassent au bon moment.

Mais je pense que lorsqu’on le fait trop, deux choses se produisent. Premièrement, la confiance qu’on nous accorde ou le respect qu’on nous porte s’effritent. Pire encore, notre confiance en nous-mêmes s’en trouve affaiblie. Nous avons l’impression d’être des personnes de second rang. Il y a donc à la fois cette conséquence interne et cette conséquence externe.

Lisa Bragg :
Il y a aussi ces mots-chevilles que nous employons. Je jette parfois un coup d’œil à ce que les gens écrivent et j’y remarque le mot « juste ».

Gail Golden :
Oui.

Lisa Bragg :
« Juste » est le mot-cheville que je relève énormément depuis quelque temps. Je me pose « juste » des questions à ce sujet.

Gail Golden :
Oui, les moyens que nous prenons pour atténuer nos propos. Les femmes ont souvent tendance à élever la voix à la fin d’une phrase – pour donner l’impression qu’il s’agit d’une question? Plutôt qu’une phrase? Ce qui donne l’impression qu’elles ne sont pas très sûres d’elles? Comme je viens de le faire.

Moi-même, je me suis exercée à baisser le ton à la fin d’une phrase. C’est une phrase. Je vous traduis ma pensée. C’est intéressant, car il y a lieu de penser que les Canadiennes le font davantage les Américaines. Le fameux « hein » canadien, n’est-ce pas? C’est une phrase, hein? Elle se transforme en question. Il s’agit parfois d’être conscient de soi et de s’exercer.

L’un de mes outils préférés à cet égard est l’écoute. Écouter quelqu’un dont la voix et la façon de parler nous plaisent vraiment, homme ou femme. Pas besoin de n’avoir que des modèles féminins. Prêtez l’oreille à leur façon de parler, aux mots qu’ils emploient, au ton de leur voix; observez leur langage corporel et imitez-le. Pas d’une manière bébête (en imitant un accent, par exemple), mais en essayant de voir, dans ce que fait cette personne, les éléments que vous pourriez intégrer à votre propre style et reprendre à votre compte.

Lisa Bragg :
Dans votre livre, vous demandez exprès au lecteur de s’arrêter, de prendre un verre d’eau, de sortir, de faire de l’exercice, de bouger, et vous le faites plusieurs fois. Pouvez-vous m’en dire davantage?

Gail Golden :
C’est tiré d’un autre livre qui a grandement influencé ma pensée : The Power of Full Engagement écrit par deux hommes, Loehr et Schwartz. C’étaient des entraîneurs sportifs spécialisés dans le travail auprès d’athlètes qui n’étaient plus au sommet de leur art, qui n’arrivaient plus à réaliser des performances au niveau qu’ils avaient atteint auparavant. Ils ont beaucoup travaillé avec ces athlètes pour déterminer ce qui faisait obstacle à leurs performances. Ils ont ensuite appliqué ces recherches aux personnes qu’ils appellent les « athlètes d’entreprise », des gens comme nous, qui sont des leaders ou des professionnels qui travaillent fort dans le monde des affaires.

L’une de leurs principales conclusions est que la meilleure façon de gérer son énergie pour atteindre des performances optimales, que l’on soit un athlète ou une personne occupée, est de piquer un sprint puis de récupérer. Ce qu’ils entendent par là, c’est que nous devons faire quelque chose de toutes nos forces, avec toute l’intensité et la concentration dont nous sommes capables pendant une période déterminée, puis marquer une pause.

Le livre est plein de bonnes suggestions sur ce que doit être ce rythme. Nous avons besoin de pauses durant la journée. Nous avons besoin de pauses durant la semaine. Nous avons besoin de pauses pendant les vacances. Honnêtement, en Amérique du Nord, et aux États-Unis en particulier, nous ne sommes pas très doués à ce chapitre. Nous nous plaisons à affirmer que nous travaillons sans arrêt et nous gérons notre énergie comme nous le ferions si nous courions un marathon. En fait, on entend dire que la vie est un marathon.

Or, ce n’est pas le cas. Si vous ne faites que courir jusqu’à en crever, vous n’atteindrez pas votre pic de productivité. Par contre, si vous apprenez à courir très intensément, puis que vous prenez une pause et que vous vous éloignez, sortez à l’extérieur, écoutez les oiseaux, buvez de l’eau, jetez un coup d’œil au journal, etc., et qu’ensuite vous revenez, vous serez plus productif. Et vous pourrez le rester plus longtemps. Ce livre, The Power of Full Engagement, est une mine de bonnes idées à ce sujet.

L’autre idée tirée de ce livre est qu’au lieu de parler de gestion du temps, nous devrions parler de gestion de l’énergie. On ne peut pas gérer le temps. Le temps, c’est 24 heures par jour. Il s’écoule en continu. Il n’y a rien que l’on puisse y faire. Mais vous pouvez gérer votre énergie, tant pour vivre d’une manière qui maximise la quantité avec laquelle vous devez travailler que pour tirer le constat voulant que, même si vous le faites bien, la quantité d’énergie reste limitée. Comment allez-vous vous en servir? À quelles fins voulez-vous utiliser votre énergie? C’est ce sur quoi porte mon livre : prendre ces décisions de façon très consciente.

Ça m’a amenée à modifier la question que je me pose quand on me lance : « Hé, Gail! J’ai un projet génial à te proposer; tu aimerais y travailler? » Je ne me demande pas si j’ai du temps à consacrer à ce projet, parce que je pourrais tomber dans le piège et répondre que j’aurais le temps de m’en charger entre deux heures et deux heures trente du matin.

Je me demande plutôt si j’ai envie d’y consacrer mon énergie. Si ma réponse est oui, je me demande quelles activités je vais réduire dans une certaine mesure. Parce que je suis déjà au maximum de mon énergie. Je ne reste pas assise à me demander ce que je pourrais faire de moi-même. J’utilise déjà toute mon énergie. Alors si je dois me joindre à vous et réaliser ce nouveau projet, dans quelles activités vais-je moins m’investir?

S’il ne me vient aucune activité, je ne peux pas prendre en charge le nouveau projet. C’est ce que je veux dire quand je parle de gestion de l’énergie. C’est une longue réponse à votre question sur la raison d’être des pauses au milieu des chapitres du livre. Elles y sont parce que j’essaie d’aider le lecteur à s’habituer à ce rythme : lire, réfléchir un moment, puis s’éloigner et faire autre chose, prendre soin de soi et revenir.

Lisa Bragg :
Il y a tant de belles choses à approfondir dans tout cela, sur le temps et l’énergie, parce que je pense que nous sommes tous conditionnés à dire « oui, oui, oui » à chaque occasion. Je vais trouver le temps, je vais trouver une solution. Mais nous ne disposons que de 24 heures par jour, tous autant que nous sommes. Et nous n’avons qu’une quantité limitée d’énergie à consacrer, surtout aux projets des autres.

J’adore que cela nous ramène à votre idée qui consiste à organiser sa vie et ses pièces de musée.

Gail Golden :
J’en ai eu un exemple très concret dans ma vie tout récemment. Un collègue que je respecte énormément m’a demandé si je serais prête à accepter un poste de direction au sein d’un organisme local. Très flattée par sa proposition, je voyais dans ce poste des possibilités d’avoir une certaine influence et de faire le bien. J’ai pris du recul et me suis dit : « Gail, tu viens d’écrire un livre sur le sujet. Réfléchis, quel est l’objet de ton exposition en ce moment? »

Eh bien, je m’efforce de gérer une entreprise en cette période d’incertitude financière incroyable. J’ai écrit un livre et j’essaie de le faire connaître, parce que je crois qu’il a une utilité pour les gens. Je suis grand-mère et je m’occupe de mes petits-enfants, et je veux pouvoir continuer à leur transmettre mon énergie.

Être à la tête de cette organisation ne cadre vraiment pas avec mon exposition en ce moment. Serais-je prête à assumer mes fonctions de façon médiocre? Non, je ne veux pas faire ça. J’ai remercié mon collègue pour son offre et j’ai refusé le poste.

Ce fut une décision difficile à prendre. J’en ai été navrée. J’aurais aimé accepter, mais d’un point de vue réaliste, ça ne m’allait pas. Dans un an ou deux, peut-être, mais pas maintenant.

Lisa Bragg :
Il faut vraiment aller plus loin et connaître ses valeurs fondamentales. Savoir ce que l’on attend réellement de tout.

Gail Golden :
Il faut en être en pleine possession de nos moyens, car autrement, nous prendrons ces décisions en demi-connaissance de cause, puis nous nous sentirons mal à l’aise de les avoir prises, ce qui exige plus d’énergie, énergie qui nous est nécessaire pour améliorer les choses.

Lisa Bragg :
Ce que je retiens, c’est qu’il faut être à l’affût de ces grandes possibilités qui, en fin de compte, pourraient se révéler des grugeurs d’énergie.

Gail Golden :
Oui, oui.

Lisa Bragg :
Mais comment se dépatouiller si on a dit oui? Nous sommes si impulsifs que nous répondons oui sans avoir eu cette réflexion profonde à laquelle vous avez réussi à vous astreindre. Comment s’en sortir alors?

Gail Golden :
Ce n’est pas facile. Parfois, si vous avez pris un engagement sérieux et qu’on compte sur vous, vous ne pourrez pas vous en sortir tout de suite, enfin pas sans renier vos valeurs. Lorsque vous prenez un engagement, vous allez faire de votre mieux pour le tenir. Vous n’allez pas décevoir qui que ce soit.

Ce n’est pas forcément le cas, et je crois qu’il faut faire très attention à ne pas prendre d’autres engagements avant d’avoir honoré ceux que nous avons acceptés. Il s’agit, d’une part, à apprendre à dire non, à dire non avec gratitude, avec respect, et d’autre part, à le faire d’une façon non équivoque. Mon livre contient des suggestions pour gérer ce genre de conversations difficiles, pour réfléchir au genre de dénouement recherché. Quelqu’un me demande de réaliser un projet, et je décide de ne pas le faire tout de suite.

Je souhaite tout de même entretenir une bonne relation avec cette personne. Je veux qu’elle sente que je lui suis reconnaissante d’avoir pensé à moi, et j’aimerais peut-être qu’elle me refasse cette demande un jour, mais pas maintenant. Comment gérer la conversation en gardant cela à l’esprit? Je ne peux tout simplement pas lui écrire « Non, je passe mon tour » dans un message texte.

Je pourrais le faire. Je dois trouver un moyen de bien lui faire savoir, de préférence de vive voix, en tout respect et en toute gratitude, que je ne peux pas accéder à sa demande. Je ne suis pas disposée à y accéder dans l’immédiat.

Lisa Bragg :
Nous enregistrerons ce balado à la mi-juin 2020, la pandémie de COVID-19 sévit et a transformé notre monde. Mais si tant de choses ont changé, beaucoup d’autres sont restées pareilles. Nous avons encore des enfants ou des parents âgés à charge et les difficultés de la vie sont toujours présentes. Quels conseils donnez-vous aux personnes que vous coachez pour qu’elles puissent s’occuper de tout en cette période très difficile?

Gail Golden :
C’est un défi exceptionnel. Quand j’ai écrit mon livre l’été dernier, la COVID-19 ne se profilait même pas à l’horizon. Le lancement a eu lieu le 8 avril dernier, et je dois dire que lancer un livre en pleine pandémie est loin d’être idéal, mais enfin.

Ce qui m’intéresse, c’est que de mes échanges avec les clients, il ressort deux types d’organisations. La première est la crise immédiate. Comment diable vais-je composer avec le fait que mes enfants sont à la maison à temps plein et que j’essaie de conserver mon emploi? Comment vais-je me préparer à faire mon travail essentiel, malgré le risque que pose cette terrible maladie?

Comment composer avec le fait que j’allais voir ma mère deux fois par semaine au CHSLD et que je ne suis plus autorisée à lui rendre visite? Comment vais-je m’organiser?

Il y a donc eu beaucoup de choix immédiats à faire, et aussi des choses qui étaient dans notre assiette et qui ne le sont plus. Pour beaucoup d’entre nous, les déplacements prenaient quelques heures par jour. Et maintenant, plus besoin d’y consacrer son temps. Que vais-je faire de l’énergie que je consacrais auparavant aux déplacements?

Mais, au-delà de la gestion de la crise immédiate, j’entends de plus en plus de gens dire que la pandémie les incite à prendre du recul et à se demander – lorsque les portes rouvriront, que le vaccin sera accessible (peu importe le moment), que les restrictions seront levées – s’ils veulent revenir précisément à leur vie d’avant. Y a-t-il des choses que j’apprends sur moi-même pendant cette période qui me font penser que je souhaite quelque chose de différent pour moi, pour ma famille, pour mon entreprise, et ce, même lorsque les possibilités s’ouvriront à nouveau?

Ces deux types de réflexions, les gens se les font en même temps, et elles sont toutes deux stimulantes.

Lisa Bragg :
Mais qu’en est-il des propriétaires de petites entreprises? Comment peuvent-ils aider leurs employés à surmonter les difficultés durant cette période, sachant qu’ils n’ont peut-être pas beaucoup de ressources et doivent veiller à ce que la productivité soit toujours au rendez-vous? Ils veulent aussi s’assurer que leurs employés sont en bonne santé mentale et qu’ils ont encore du plaisir à aller travailler. Comment réunir tout ça? Avez-vous des suggestions?

Gail Golden :
C’est une question d’une grande complexité, car dans la catégorie des propriétaires de petites entreprises il y a ceux qui ont perdu leur boîte pendant cette période; ceux qui ont dû fermer leurs portes et mettre tous leurs employés en chômage technique; ceux qui travaillent avec un effectif réduit, qui essaient de tout faire avec un quart de leur personnel habituel; et ceux pour qui c’est la folie furieuse et qui cherchent des moyens de répondre à la demande.

J’ai l’impression que les défis sont très différents d’un propriétaire de petite entreprise à l’autre. Ce qui m’a plu dans ce que vous avez avancé, et que je trouve vraiment fondamental, c’est que les propriétaires et les chefs d’entreprise ont une double responsabilité. La première est d’organiser leur propre vie, la seconde de donner les moyens à leurs employés d’organiser la leur. Ils doivent aussi réfléchir à des moyens de créer un environnement de travail qui encourage leurs employés à prendre des pauses, à comprendre ce qui est vraiment important, à y consacrer leur énergie et à être suffisamment bons dans les domaines qui ne sont pas au cœur de l’exposition de l’entreprise.

Je pense qu’il faut à la fois donner l’exemple et établir les règles et les attentes de manière à ce que les gens sentent qu’ils peuvent bien faire leur travail, sans se rendre fous. Cela fait partie du travail des propriétaires de petites et de grandes entreprises.

Lisa Bragg :
Lors d’une conversation précédente, vous avez mentionné que vous deviez faire un exercice sur la façon dont vous voulez qu’on se souvienne de vous. Pouvez-vous m’en dire davantage?

Gail Golden :
Une des choses que je suggère aux gens qui essaient de réfléchir à leurs valeurs est de chercher à savoir sur quoi porte leur exposition. Quelles sont les valeurs qui la sous-tendent? Je suggère que nous réfléchissions à l’héritage que nous entendons laisser ou au souvenir que les gens garderont de nous. Lire la rubrique nécrologique dans les journaux est l’une des choses que j’ai faites, et que je fais encore de temps à autre, juste pour voir ce qu’elles révèlent sur les gens.

Toutes sortes de choses fascinantes sur ce que les gens veulent que l’on retienne d’eux y sont exprimées en une ou deux phrases. Maintenant, le thème commun – je ne sais pas si j’ai déjà vu une notice nécrologique qui n’en faisait pas mention – concerne la famille, la personne à qui le défunt est marié : qui sont ses enfants et quels membres de la famille proche ont été touchés par son décès? Je me dis « n’est-ce pas intéressant »? Cette famille semble être un élément très important dans tout cela.

En fait, il y a ce cliché qu’on entend parfois et que personne n’a jamais prononcé sur son lit de mort : « Mince, j’aurais aimé passer plus de temps au bureau », et qui signifie que lorsque nous avons des regrets, ils sont souvent en rapport avec les relations personnelles que nous entretenons. Avoir compris cela avant de se retrouver sur son lit de mort, et intégrer ces relations familiales clés à sa grandeur, fait partie des choses susceptibles de découler de la réflexion sur ce que l’on souhaite léguer.

Aussi, pourquoi voulons-nous que les gens se souviennent de nous? Lorsqu’ils nous regardent en rétrospective et affirment : « Hé, je me souviens de Gail Golden, elle a fait telle ou telle chose ou elle était ça. » Comment est-ce que je veux que ce genre de phrase se termine?

Lisa Bragg :
Ça me plaît. Comment est-ce que je veux que ce genre de phrase se termine? Surtout quand vous pensez à votre propre notice nécrologique ou éloge funèbre, que voulez-vous que ces gens disent? Et peut-être commencez-vous à dire ces choses formidables à propos de vous-même, n’est-ce pas?

Gail Golden :
Oui, exactement. Ou à dire que je fais ceci et non cela. Toute ma vie, j’ai lésiné sur l’entretien ménager. Ma maison ne sera pas condamnée de sitôt, mais on ne pourra jamais dire qu’elle est d’une propreté immaculée. Elle ne l’a jamais été et ne le sera jamais. Honnêtement, peu m’importe si, après mon départ, quelqu’un dit : « Oh, Gail Golden, sa maison a toujours été si bien rangée! » Je m’en fiche.

Donc, si on dit : « Gail Golden, c’était une bonne psychologue et une mère fantastique, mais sa maison était en désordre », ça ne me dérange pas.

Lisa Bragg :
Qui s’en souviendrait de toute façon?

Gail Golden :
Exact. Écoutez, le fait d’avoir une résidence splendide est un élément important de l’exposition de certains. Je ne dénigre pas ces personnes. Si cela signifie beaucoup pour vous, si votre œuvre d’art consiste à vivre dans une belle maison, faites-le, soyez-en fière, allez-y, il n’y a rien de mal à cela. Mais ne vous attendez pas à ce que je fasse de même, parce que ce n’est tout simplement pas mon truc.

Lisa Bragg :
Comment aimeriez-vous qu’on se souvienne de vous, alors?

Gail Golden :
Comment j’aimerais qu’on se souvienne de moi? Bien sûr, j’aimerais qu’on se souvienne de moi comme d’une personne qui a aidé les gens, qui a contribué à changer les choses dans la vie d’autres personnes, tant dans mon rôle de thérapeute que dans mon travail actuel en tant que coach de dirigeants et conseillère en leadership auprès d’entreprises. Je veux assurément qu’on se souvienne de moi comme d’une mère exceptionnelle. J’espère que mes fils se souviendront de moi de cette façon et parleront de moi de cette manière.

Je suppose qu’il est très important pour moi d’être une excellente épouse pour mon mari. Nous sommes mariés depuis très longtemps, et jusqu’à présent, il ne m’a pas jetée dehors. Je crois que je fais certaines choses bien. En outre, je crois qu’il faudra se souvenir de moi comme d’une personne qui, au-delà de son propre travail, a contribué à changer les choses dans sa collectivité.

Vous évoquiez la COVID-19. Je peux vous dire que c’est un élément que je suis en train de revoir en ce moment. Il me semble que des besoins et des souffrances dans ma collectivité occupent bien peu de place dans mon exposition. Il est temps pour moi d’y réfléchir. Non pas que cela devienne forcément la toute première chose à laquelle je pense quand je sors du lit le matin. Comment consacrer davantage d’énergie à faire de ma collectivité un endroit plus ouvert, plus juste, plus accueillant et plus inclusif pour tous? À mon avis, c’est un aspect qui doit occuper une plus grande place dans mon exposition à présent.

Lisa Bragg :
Je pense que beaucoup de gens sont en train de revoir cet aspect eux aussi, comme en témoignent les mouvements comme Black Lives Matter; nous voyons les inégalités, les iniquités à travers tant de choses dans nos vies. Il s’agit d’un bon rappel que nous devons également inclure dans notre exposition.

Gail Golden :
Oui. Encore une fois, je tiens à souligner que l’exposition de chacun est différente. Si vous avez deux petits bébés à la maison et un travail par quarts exigeant, et que vous vous efforcez également d’être une partenaire aimante pour votre conjoint, il se peut que vous n’ayez pas d’énergie à consacrer à l’effort communautaire en ce moment. Aucun problème. Ce n’est pas ce qui vous anime en ce moment. Peut-être que dans cinq ans, lorsque vos enfants seront à l’école, vous aurez plus d’énergie à consacrer à ces autres choses.

C’est donc très individuel, ce n’est pas universel. J’en suis à l’étape de ma vie où je ne m’occupe plus de mes enfants, j’ai donc un peu d’énergie à consacrer à d’autres projets à présent.

Lisa Bragg :
À Audacieu(se), Gail, nous posons toujours les trois mêmes questions. Racontez-nous une occasion où vous avez fait preuve d’audace.

Gail Golden :
Une occasion où j’ai fait preuve d’audace. À vrai dire, c’est plutôt le souvenir de l’audace de ma mère qui me vient à l’esprit, parce que je m’en souviens très bien, j’en ai été témoin.

Lisa Bragg :
Parlez-nous de votre mère, alors.

Gail Golden :
Ma mère était Anglaise. Elle est arrivée aux États-Unis juste après la Seconde Guerre mondiale et est devenue citoyenne américaine, mais elle est restée très anglaise de par son style sa vie durant. D’un tempérament calme, elle était peu encline à prendre la parole en public.

Un soir, elle assistait à une réunion de parents d’élèves et d’enseignants, et j’étais là par hasard. Je crois que j’étais présidente du conseil étudiant ou quelque chose comme ça. On m’avait invitée pour une raison quelconque, alors j’étais présente. Il a été fait allusion à la façon dont les choses devraient se faire dans les écoles. Il était manifeste que les participants s’étaient tous rangés à une opinion, ils avaient une opinion bien arrêtée à ce sujet.

Ma mère s’est levée et, de sa belle et magnifique élocution, de son accent britannique, a fait valoir avec force les arguments opposés, qui reflétaient ce qu’elle pensait et ce qu’elle ressentait. Le silence régnait dans la salle. Je ne me souviens pas si elle l’avait emporté ou non. Mais j’ai pensé que c’était vraiment audacieux de sa part de se tenir debout dans une pièce où, de toute évidence, la plupart des opinions étaient à l’opposé de la sienne. Que cette femme tranquille exprime son opinion avec force et clarté… je devais avoir 12 ans à l’époque et je m’en souviens très bien. C’est un bel exemple d’audace, selon moi.

Lisa Bragg :
Merci de nous avoir raconté cela. Y a-t-il un moment où vous auriez aimé être plus audacieuse?

Gail Golden :
Oh que si! Je viens de me souvenir d’un exemple d’audace similaire. Un jour, à l’école de gestion, quelqu’un a lancé une remarque raciste. Je l’ai confronté en lui disant : « Écoute, ce n’est pas drôle, ce n’est pas cool, ne fais pas ça ». Et ça m’a fait du bien.

Mais il m’est arrivé bien des fois de garder le silence après avoir entendu des propos inappropriés de la bouche de quelqu’un. En rétrospective, j’ai peut-être eu peur qu’on s’en prenne à moi, qu’on se moque de moi, je craignais peut-être de ne plus être la bienvenue dans le groupe. Cela me gêne. J’aurais dû m’exprimer plus vigoureusement, même quand il y avait un risque pour moi.

Lisa Bragg :
Que diriez-vous à la petite fille de 12 ans que vous étiez?

Gail Golden :
Je crois que je lui dirais que la vie est formidable. Je lui dirais : « Vas-y! Saisis-la à deux mains. Tu as un cerveau, de la personnalité; tu es en bonne santé. Vas-y! »

Lisa Bragg :
C’est ce qui conclut cet épisode d’Audacieu(se), qui vous a été présenté par BMOpourElles. Notre invitée d’aujourd’hui était Gail Golden, de Gail Golden Consulting. Son livre, Curating Your Life, est en vente dans toutes les grandes librairies. Ici Lisa Bragg. Si le balado vous a plu, abonnez-vous, partagez-le et dites ce que vous en avez pensé. Merci à l’équipe de production de MediaFace, y compris à notre productrice, Sarah Senior. Merci de nous avoir écoutées. Prenez soin de vous.

 

À propos du balado :
Présenté par BMOpourElles et animé par la journaliste et entrepreneure primée Lisa Bragg, Audacieu(se) propose des entretiens qui suscitent la réflexion et qui incitent les auditeurs à prendre des décisions audacieuses, dans la vie comme en affaires.

 

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