Parfois, un cheminement non traditionnel peut vous mener là où vous devez aller dans la vie. C’était le cas pour Shavonne Hasfal-McIntosh. Plus tôt dans sa vie, Shav a remis en question les attentes de sa famille et elle a laissé tomber l’université et le collège. Elle est retournée aux études plus tard afin d’obtenir son certificat en ressources humaines.
Maintenant, Shavonne Hasfal-McIntosh est responsable de la diversité et de l’appartenance chez Shopify, où elle remet en question les conventions professionnelles et déploie des efforts pour que ses collègues se sentent inclus, valorisés et entendus. Son histoire montre comment elle a su composer avec les aléas de la vie et en est ressortie plus forte.

Shav Hasfal-McIntosh:
L’époque où vous ne parliez qu’à votre petite communauté est révolue. Votre public est maintenant mondial. C’est ça, le pouvoir des médias sociaux, le pouvoir du commerce électronique. Vous pouvez aller au-delà de votre communauté immédiate et toucher l’ensemble de la planète.

Lisa Bragg:
Ce sont les propos de Shav Hasfal-McIntosh, la responsable de la diversité et de l’appartenance chez Shopify. Shav sait que la diversité n’est que la pointe de l’iceberg. Elle permet de bâtir de meilleures équipes, de concevoir de meilleurs produits et, ultimement, de créer de meilleures entreprises. Je m’appelle Lisa Bragg et voici Audacieu(se), un balado relatant des histoires de femmes qui se distinguent, destiné à leurs semblables. Cet épisode vous est présenté par BMOpourElles. Shav, commençons par le début, car avant de remettre en question les conventions au quotidien chez Shopify, vous avez dû remettre en question les attentes de votre propre famille lorsque vous avez quitté l’université. Parlez-m’en un peu.

Shav Hasfal-McIntosh:
Je suis allée à l’université parce que j’avais la pression d’aller à l’université. Les Canadiens de première génération ont vu leurs parents venir au Canada pour avoir une vie meilleure et offrir de meilleures possibilités à leurs enfants. J’étais très consciente de ça en grandissant. Lorsque le moment est venu, il n’y a pas vraiment eu de débat à ce sujet. On s’attendait à ce que je m’inscrive à l’université et à ce que j’aille à mes cours, alors c’est ce que j’ai fait. Or, dès que je suis entrée à l’université, j’ai su que le style d’apprentissage ne me convenait tout simplement pas. Je ne fonctionne pas bien lorsque je reçois un enseignement et que je dois prendre des notes et étudier. Rendue à ma troisième année, j’en avais assez de faire semblant de vouloir apprendre de cette façon ou de prétendre que c’était la voie à suivre pour moi. Je savais qu’il y avait autre chose quelque part, mais je ne savais pas quoi exactement.

Shav Hasfal-McIntosh:
J’ai pris la décision de laisser tomber l’université lors de ma troisième année. Avoir la discussion qui a suivi avec mes parents a probablement été la chose la plus effrayante que j’ai jamais eue à faire. Non seulement j’avais l’impression que je les laissais tomber, mais je me sentais en quelque sorte prisonnière des rêves de mes parents, alors j’avais aussi l’impression que je me laissais tomber moi-même. Toute cette expérience d’aller à l’université a vraiment été intéressante pour moi. J’ai beaucoup appris sur moi-même. J’ai beaucoup appris sur le fait d’être honnête avec moi-même à propos de ce qui fonctionne pour moi et de ne pas me laisser piéger par les attentes des autres. Ça ne veut pas dire que je n’aimais pas les autres, mais simplement que je devais d’abord me soucier de moi-même. Je me suis inscrite au collège et j’ai laissé tomber de nouveau, simplement parce que ce n’était pas le bon moment pour moi.

Shav Hasfal-McIntosh:
Les discussions que j’ai eues ont été difficiles, mais à la fin, l’amour de mes parents était plus fort que tout. Ils voulaient simplement mon bien. À ce moment-là, je savais que je ne voulais pas leur donner une raison de me dire : « On te l’avait bien dit. » C’est ce qui m’a motivée dans les 15 à 17 dernières années de ma carrière, de ne donner à personne la chance de me dire que j’avais eu tort.

Lisa Bragg:
Avez-vous eu de la difficulté à dire ce que vous pensiez?

Shav Hasfal-McIntosh:
Oh, oui! Je suis de descendance antillaise, ma mère vient de la Grenade et mon père, de la Jamaïque. Nous n’avions pas l’habitude de parler de nos sentiments profonds. Je ne dis pas qu’ils ne m’ont pas aimée. Nous avions tout simplement une relation très parent-enfant. Je n’étais tout simplement pas habituée à devoir dire le fond de ma pensée. Comme je disais, je m’étais toujours contentée de faire ce qu’on me demandait de faire. Ça a été vraiment très difficile de trouver la force de m’exprimer. Je ne sais pas si je l’ai trouvée, en fait. Si je me souviens bien, j’ai d’abord écrit une lettre à mes parents avant d’avoir une grande conversation avec eux. Oui, j’ai eu de la difficulté à m’exprimer, mais c’est quelque chose que l’on développe au fil du temps.

Lisa Bragg:
Vous avez laissé tomber l’université et laissé tomber le collège, alors vous n’aviez ni diplôme universitaire ni diplôme collégial. Qu’avez-vous fait? Quelle a été l’étape suivante?

Shav Hasfal-McIntosh:
Mon côté entrepreneur s’est manifesté et j’ai réussi à obtenir, disons, juste assez de travail pour payer mon loyer. J’ai donc travaillé dans un salon. J’ai travaillé à la réception, puis j’ai commencé à travailler pour une certaine entreprise appelée Red Bull Canada, pour laquelle j’ai fait des promotions. Je roulais avec la Mini Red Bull partout en ville et je donnais des échantillons aux gens. J’ai touché à tout. J’ai aussi été serveuse la nuit. J’ai vraiment tout fait. Je crois que ce que j’ai appris, c’est que c’est bien d’explorer et de faire plein de choses différentes jusqu’à ce que l’on trouve ce qui nous attire. J’ai passé beaucoup de temps à faire ça. Plus tard, quand je travaillais à Red Bull Canada, j’avais l’habitude de remplacer la directrice de bureau à la réception lorsqu’elle était en vacances ou qu’elle était malade.

Shav Hasfal-McIntosh:
C’en est arrivé au point où lorsque la directrice a décidé de quitter l’organisation, elle m’a simplement demandé si j’aimerais lui succéder. À ce moment-là, j’ai dit quelque chose comme « bien sûr! », parce que je ne savais pas faire autrement. Je me suis dit : « Oh, un salaire et des avantages sociaux! C’est formidable! Je pourrais avoir un seul emploi, ou peut-être deux, au lieu de sept. » J’ai entamé mon parcours professionnel là-bas. Je pense que j’ai commencé la première année que Red Bull est arrivé au Canada. J’ai donc grandi et appris, et je suis devenue un peu une personne à tout faire.

Lisa Bragg:
Alors, vous travaillez chez Red Bull depuis quelques années et vous sentez que vous êtes vraiment douée avec les gens, ce qui est réellement le cas. Vos collègues pensent la même chose et ils vous invitent donc à vous joindre au service des ressources humaines. Parlez-moi de ça.

Shav Hasfal-McIntosh:
Je ne connaissais pas grand-chose aux ressources humaines. Je me disais que ça avait l’air assez ennuyeux, mais que c’était un objectif ambitieux, une autre occasion pour moi de faire quelque chose de différent, d’apprendre et de progresser. J’ai accepté d’y travailler, et après quelques mois, mon patron m’a dit qu’ils allaient me payer pour que je retourne aux études. Je me suis dit : « Ah, d’accord. Si je n’ai pas à m’inquiéter et que je n’ai pas à subir le stress de devoir occuper sept emplois à la fois uniquement pour avoir les moyens d’aller à l’école, ça peut être envisageable. » Je suis donc retournée aux études, j’ai travaillé à temps plein et j’ai fini par obtenir mon certificat en ressources humaines à la Chang School de l’Université Ryerson. C’était ma première percée dans le secteur des ressources humaines.

Lisa Bragg:
Attendez un instant! Revenons en arrière. Vous êtes retournée encore une fois aux études?

Shav Hasfal-McIntosh:
Oui, aux études, et il y avait comme un sentiment d’échec imminent qui planait au-dessus de moi. Je me disais : « C’est la troisième fois. Est-ce que je vais échouer? Est-ce que je vais de nouveau rater mon coup? » Mais, encore une fois, j’étais simplement à un stade de ma vie auquel aller à l’école était sensé, et je me disais que je pouvais profiter d’une occasion en or, que j’avais la chance de travailler pour une organisation qui allait payer pour moi, ce qui je pense me libérait d’une grande source de stress. Je crois que l’un des problèmes que j’avais lorsque j’étais aux études était que je devais jongler avec plusieurs emplois pour pouvoir avoir les moyens d’aller à l’école. La conciliation travail-vie personnelle est difficile quand vous avez quelque chose comme 19 ans. Ce n’est pas facile de trouver le juste équilibre. Encore une fois, je crois que six ans plus tard, j’étais un peu plus mature.

Shav Hasfal-McIntosh:
Je savais un peu plus ce que je voulais faire de ma vie, alors retourner aux études était ce qu’il me fallait à ce moment-là. Ça a été une réussite.

Lisa Bragg:
Parfois, quand nous sommes plus jeunes ou même plus tard dans notre vie, nous ne savons pas que nous avons besoin d’apprendre et de progresser, que nous devons sortir de notre cocon et faire certaines expériences avant de nous dire : « C’est dans ça que j’ai besoin d’apprendre plus de choses. » C’est à ce moment-là que nous sommes prêts à saisir l’occasion qui s’offre à nous.

Shav Hasfal-McIntosh:
Absolument. Absolument. La troisième fois a été la bonne pour moi.

Lisa Bragg:
Vous étiez à l’emploi de Red Bull. Comment avez-vous abouti chez Shopify?

Shav Hasfal-McIntosh:
Ils étaient à la recherche d’un chef de la culture. À l’époque, je n’avais aucune idée de ce que ça signifiait. J’ai lu la description de poste et je me suis dit, tu sais quoi? On dirait que ça réunit tous les aspects de mon travail que j’aime faire en ce moment et que ça exclut tous ceux que je n’aime pas faire. Pourquoi je n’essaierais pas ça?

Lisa Bragg:
Étiez-vous enthousiaste à l’idée de passer d’une culture d’entreprise en démarrage à une autre? Était-ce emballant pour vous?

Shav Hasfal-McIntosh:
Oui. Je crois que j’aime ce stade auquel une entreprise en est à ses balbutiements. Vous avez souvent une très petite équipe et vous pouvez faire toutes sortes de choses différentes. Je crois que c’est l’une des choses qui m’a vraiment plu, d’avoir la possibilité de travailler de nouveau dans un tel contexte. Encore une fois, je veux toujours apprendre, alors ça me donnait une occasion d’approfondir mes connaissances dans un domaine dans lequel je ne connaissais strictement rien, c’est-à-dire le secteur technologique. J’ai en quelque sorte commencé le processus avec eux. J’avais mes idées préconçues sur ce que serait le secteur de la technologie. J’imaginais que je me retrouverais dans un environnement vraiment stérile au milieu de gens qui travaillent dans des cubicules en tenue d’affaires décontractée. Je me disais : « Ah, la technologie… Mais pourquoi pas? »

Shav Hasfal-McIntosh:
J’y suis allée, et dès que j’ai pénétré dans l’immeuble, j’en suis tombée amoureuse. Il y avait quelque chose à propos de cet endroit, de l’environnement et de l’ambiance qui m’a immédiatement touchée. J’ai vu des personnes qui me ressemblaient du point de vue de l’origine ethnique, du point de vue du sexe. J’ai croisé des gens à des postes de direction tout au long de mon parcours, et je n’avais jamais vraiment vu ça auparavant. C’était très intéressant pour moi de me dire quelque chose comme : « Regarde ça! Ma patronne est cette femme incroyable qui s’appelle Konval, elle a tellement progressé au sein de cette entreprise et elle est maintenant une leader. Peut-être que je pourrais le devenir moi aussi. » Je crois que c’est l’une des choses qui m’ont vraiment impressionnée chez Shopify.

Lisa Bragg:
Une culture du type « si vous pouvez le voir, c’est que vous pouvez le faire » était vraiment perceptible dès que vous mettiez un pied dans la porte.

Shav Hasfal-McIntosh:
Oui. Je crois que c’est vraiment subconscient. Vous n’arrivez pas nécessairement à cette conclusion tout de suite, mais il y a des liens qui se font dans votre cerveau quand vous voyez ça et vous vous dites qu’il y a vraiment quelque chose là-dedans.

Lisa Bragg:
J’aimerais simplement revenir un peu sur le fait que vous aviez des préjugés à propos de Shopify et du secteur technologique.

Shav Hasfal-McIntosh:
Oh, oui! Oh, oui! Je ne connaissais pas ce que j’ignorais. Encore une fois, nous, les humains, nous pouvons facilement nous laisser emporter dans un tourbillon et rester cloîtrés dans nos secteurs sans prendre le temps de regarder autour de nous pour voir ce qui s’y passe. C’était de ma faute et je me suis promis de ne plus jamais tomber dans ce piège. Mais oui, j’avais des préjugés sur le secteur de la technologie, sur ce à quoi il ressemblerait et ce que ça ferait d’y travailler. J’ai été très agréablement surprise.

Lisa Bragg:
Donc, vous aviez vécu toutes ces expériences de mobilisation et toutes ces choses qui se sont accumulées. Pensez-vous que cela vous a permis d’arriver là où vous étiez arrivée au moment d’aboutir chez Shopify?

Shav Hasfal-McIntosh:
Absolument. Je crois que la seule chose que je n’avais pas, c’était le langage. Je ne savais pas que c’était ça. Je n’avais pas réalisé que c’était la culture. Je ne savais pas que c’était nécessairement une question de mobilisation, mais je savais que j’excellais dans ces choses-là, de la façon dont c’était décrit dans la description de poste. Je savais que je pouvais bien tirer mon épingle du jeu ici. C’était comme un dialogue interne très intéressant. Surtout, encore une fois, lorsque vous ne vous attendez pas à avoir une occasion et que celle-ci vous tombe du ciel, devriez-vous avoir à vous battre avec vous-même pour vous dire : « Oh, tu sais quoi? » J’ai cette chose qui est vraiment certaine et que je connais. Ces gens ici sont ma famille et il y a cette grande inconnue. J’ai simplement décidé de me lancer.

Lisa Bragg:
Mais vous êtes quelqu’un qui aime prendre des risques.

Shav Hasfal-McIntosh:
Oui, je crois que je suis quelqu’un qui prend des risques. C’est une belle façon de le présenter. Je dirais que je suis surtout quelqu’un de très irréfléchi! [rires] J’aime simplement me lancer. Mais encore une fois, j’y vais toujours avec mon instinct et avec mon cœur. Je sais habituellement que c’est la bonne chose à faire pour moi.

Lisa Bragg:
Maintenant, vous nous avez dit que vous vouliez travailler avec une entreprise ayant une raison d’être qui vous tient à cœur. Pourriez-vous m’en dire davantage?

Shav Hasfal-McIntosh:
Oui. La mission de Shopify est d’améliorer le commerce pour tout le monde. J’ai deux parents. Ce sont tous les deux des entrepreneurs. Je les ai vus démarrer des entreprises. J’ai vu certaines de ces entreprises échouer. Je les ai vus faire des opérations pyramidales. Je les ai vus faire toutes sortes de choses en grandissant. Lorsque j’ai réalisé ou que j’ai appris ce que Shopify faisait et que j’ai pris connaissance du problème que l’entreprise solutionnait pour la planète, c’est-à-dire rendre le commerce accessible pour tout le monde, je me suis dit que j’avais l’occasion de veiller à ce que Shopify rejoigne les gens que je connaissais, les gens autour desquels j’avais grandi de la bonne manière et d’une manière durable. Je savais que je pouvais avoir cet impact-là. Je savais que je pouvais aider à guider et à informer l’entreprise sur la façon d’y parvenir.

Shav Hasfal-McIntosh:
Je ne veux pas dire qu’ils ne savaient pas comment faire, mais l’avantage d’avoir de la diversité au sein d’une équipe, c’est que vous avez la chance de compter sur des gens qui ont vécu ces expériences et qui peuvent vous aider à réussir.

Lisa Bragg:
Quand même, c’est incroyable que ce soit grâce à vos parents que vous ayez eu ça. Vous les avez vus en arracher et vous les avez vus essayer de réussir en tant que néo-Canadiens, en tant qu’entrepreneurs en général. Vous avez vu les difficultés qu’ils ont vécues et que vous avez traversées.

Shav Hasfal-McIntosh:
Absolument. Il n’y avait pas de ressources ni de communauté à leur disposition. Il n’y avait pas d’outils ou de produits pour eux à l’époque. C’était avant, bien avant le commerce électronique. Encore une fois, l’idée était simplement de pouvoir travailler pour une entreprise qui essayait de faire en sorte que des gens comme mes parents réussissent. Le milieu d’où vous veniez n’avait pas d’importance. Votre race, votre sexe et votre orientation sexuelle n’avaient pas d’importance. Ils étaient là pour démocratiser le commerce.

Lisa Bragg:
Mais il y a aussi… Je veux parler de… Vos parents sont des Canadiens et ils ont donc accès au commerce, ce qui est très bien, mais je crois que ce que vous faites va plus loin. Vous aidez des gens qui vivent dans des communautés éloignées, par exemple des Autochtones ou des gens de partout dans le monde qui n’ont pas accès au commerce comme nous. Pouvez-vous m’en parler?

Shav Hasfal-McIntosh:
La plateforme de Shopify est conçue pour joindre n’importe qui, n’importe où, donc, comme vous avez dit, des gens dans des régions éloignées, dans des endroits isolés en Inde et en Chine. C’est véritablement une entreprise mondiale. Encore une fois, l’idée est de démocratiser le commerce et non pas simplement d’offrir une plateforme et de dire aux gens : « Voilà, servez-vous. », mais vraiment de leur offrir du soutien sur la façon dont ils peuvent favoriser leur réussite en mettant toutes les chances de leur côté. Ça va au-delà de la seule plateforme, ce qui est aussi en partie ce qui m’a vraiment interpellée, que cette entreprise se soucie réellement des gens. Elle n’essaie pas seulement de vendre les choses. Ça aussi, c’était vraiment important pour moi.

Lisa Bragg:
Parce que vous avez un sentiment d’autonomie d’action lorsque vous pouvez parler aux gens et leur donner le pouvoir d’aller à la conquête du monde et de vendre des produits ou de faire des choses qui les aideront à mieux gagner leur vie…

Shav Hasfal-McIntosh:
Absolument.

Lisa Bragg:
Vous êtes actuellement la responsable de la diversité et de l’appartenance chez Shopify. Dites-moi comment vous en êtes arrivée là.

Shav Hasfal-McIntosh:
C’était l’une de ces décisions irréfléchies! Je travaillais comme spécialiste de la culture pour Toronto et l’on m’a ensuite confié la direction de l’équipe responsable de la culture. Je travaillais en étroite collaboration avec… Elle s’appelle Meghan Herman et elle dirigeait l’équipe Diversité et inclusion. Je crois que ça s’appelait Inclusion et innovation à l’époque. Nous avons discuté des raisons pour lesquelles nos équipes travaillaient en vase clos. Une partie de notre culture ne devrait-elle pas être de favoriser la diversité et l’inclusion? À l’aube de 2018, nous avons établi un plan pour collaborer étroitement afin de pouvoir amplifier les répercussions du travail de chacune. Dès que l’année 2018 a commencé, elle m’a dit quelque chose comme : « Hé! Shav, j’ai une occasion d’occuper un autre poste à Shopify. Aimerais-tu passer une entrevue pour me remplacer? » Je me suis dit : « Oui, bien sûr. »

Shav Hasfal-McIntosh:
Je n’y ai même pas réfléchi à deux fois. Je me suis simplement dit que c’était une autre occasion pour moi de progresser et d’apprendre quelque chose de complètement différent de ce que je faisais. Je me suis donc lancée et j’ai pris la relève. Encore une fois, j’aurais probablement pu faire un peu plus de recherches et me préparer davantage, mais je savais que j’étais passionnée, que je tenais à ce que tout le monde ait une chance équitable de réussir, je savais que j’avais à cœur de renforcer les collectivités et de favoriser un sentiment d’appartenance et je savais que la représentation me tenait à cœur, alors je savais que la passion me mènerait là où j’avais besoin d’aller. Oui, j’ai simplement eu l’occasion d’occuper ce poste et je n’ai pas pu dire non.

Lisa Bragg:
Il y a beaucoup de gens qui occupent des postes de soutien et de direction. Choisir de prendre un poste qui peut être de même niveau ou de niveau inférieur, ça semble un peu risqué…

Shav Hasfal-McIntosh:
Ça peut sembler un peu risqué, mais il faut avoir une vision claire de son objectif final. Parfois, un cheminement non traditionnel peut vous mener là où vous devez aller. Tout n’est pas qu’une simple trajectoire ascendante. La vie ne fonctionne pas comme ça. Il y a des hauts et des bas dans la vie, et nous en ressortons toujours plus forts lorsque nous les traversons. Je crois qu’il est important d’avoir une vision non traditionnelle pour son cheminement de carrière. Encore une fois, vous devez penser à ce qui est important pour vous à un moment donné, à ce qui vous rend curieux, aux possibilités que vous avez d’apprendre et de vous lancer en sachant que vous finirez par aboutir là où vous êtes censé aboutir.

Lisa Bragg:
Parlez-moi de ce que vous faites pour amener les équipes de Shopify à réfléchir à la diversité et à l’inclusion.

Shav Hasfal-McIntosh:
Encore une fois, j’ai la chance de travailler pour une entreprise dans laquelle il y a des gens qui se soucient de cet aspect. Avant même que nous ayons un poste ou une équipe, c’était quelque chose qui était important aux yeux de Shopify. Amener les gens à y réfléchir n’est pas difficile. Je crois que nous pouvons faire un lien, bien sûr, avec les besoins de l’entreprise. Nous allons mieux réussir, créer un meilleur produit, créer un produit plus fort et innover plus fréquemment et avec plus de succès si nous avons des équipes diversifiées. Il y a cet aspect-là de l’équation. L’autre aspect de l’équation, c’est que c’est la bonne chose à faire en tant qu’entreprise canadienne. Je crois qu’il est important que les entreprises s’investissent dans la constitution d’équipes représentatives du Canada.

Shav Hasfal-McIntosh:
Nous devrions nous efforcer de créer une entreprise qui fait en sorte que chaque personne se sent incluse, valorisée et entendue, qu’elle est habilitée à agir et qu’elle peut venir travailler en étant elle-même et en se concentrant sur son travail. Il n’est pas vraiment difficile d’amener les gens à y réfléchir.

Lisa Bragg:
Certaines personnes diront que c’est une bonne chose à avoir.

Shav Hasfal-McIntosh:
Oui. La diversité est un impératif pour une organisation. Vous ne vous donnez pas un avantage concurrentiel si vous pensez autrement. C’est à peu près aussi simple que ça.

Lisa Bragg:
Pouvez-vous dire comment la diversité et l’inclusion s’intègrent aux objectifs d’affaires de Shopify?

Shav Hasfal-McIntosh:
Oui. Encore une fois, nous concevons un produit qui vise à améliorer le commerce pour tout le monde, alors tout le monde doit participer à la conception du produit pour que nous réussissions. Nous devons être capables d’avoir des tensions et des frictions saines par rapport à la façon d’aller de l’avant. Encore une fois, il faut inspirer l’innovation et avoir des gens de tous les milieux autour de la table pour être en mesure d’avoir un impact sur ce que nous créons.

Lisa Bragg:
J’aime cette idée de frictions parce que, de nos jours, il y a tellement d’entreprises qui vivent dans une fausse harmonie, et cela ne nous mène nulle part. Pouvez-vous nous dire ce que vous entendez par de saines frictions?

Shav Hasfal-McIntosh:
Oui, il s’agit, disons, d’avoir des opinions fortes, mais faiblement tenues. C’est bien d’avoir des opinions arrêtées, mais encore faut-il être capable d’écouter le point de vue de quelqu’un d’autre. Ça peut faire évoluer sa perception des choses, la façon dont on envisage de résoudre un problème précis. C’est à ça que je voulais en venir en parlant d’inspirer le dialogue. Comment pouvons-nous inspirer l’empathie? Comment pouvons-nous inspirer les gens à simplement comprendre qui nous sommes en tant qu’êtres humains? C’est très important, et je crois que ça se perd dans le monde d’aujourd’hui, dans lequel les gens sont si polarisés qu’ils ne sont même pas disposés à trouver un juste milieu et à écouter. C’est un art qui se perd, mais j’essaie vraiment de le mettre en pratique et de m’assurer qu’il est bien vivant chez Shopify.

Lisa Bragg:
Y a-t-il un conseil que vous pouvez donner aux gens pour vous assurer qu’il y ait ça? Comment abordez-vous cette question, l’idée de maintenir de saines frictions pour qu’il puisse y avoir des dialogues enrichissants?

Shav Hasfal-McIntosh:
Il faut toujours veiller à ce que l’environnement soit sécuritaire pour que les gens, comment je le disais, puissent se sentir vraiment eux-mêmes et être entendus. Ce n’est pas toujours parfait, mais si vous pouvez présumer que la personne en face de vous a des intentions positives, vous pouvez en quelque sorte commencer à inspirer et à avoir ce dialogue. Ça ne sera pas parfait. Encore une fois, il arrive que les choses dérapent, mais si vous vous souciez des intérêts des autres, que vous dialoguez d’être humain à être humain, vous pouvez y parvenir. Ça prend de la pratique. C’est une force qu’il faut développer au fil du temps. Ça ne va pas nécessairement venir naturellement dès la première fois.

Lisa Bragg:
Tout cela n’est pas quelque chose qui se fait en une seule fois. Il ne suffit pas de simplement mettre sur pied une équipe diversifiée pour que tout fonctionne comme sur des roulettes. C’est un projet perpétuel.

Shav Hasfal-McIntosh:
C’est un projet perpétuel. Il faut aussi du temps pour faire changer les systèmes et abattre les obstacles systémiques. Je crois que l’une des idées fausses les plus répandues au sujet de la diversité, particulièrement, c’est que tout peut changer du jour au lendemain. Non, vous devez avoir des solutions à court terme et des solutions à long terme. Que faites-vous présentement par rapport à la façon dont vous embauchez et à la culture que vous instaurez dans votre entreprise pour veiller à ce que tout le monde se sente bienvenu? Mais s’il n’y a pas assez de femmes noires dans le secteur de la technologie, par exemple, que faites-vous pour vous attaquer à ce problème au début de l’entonnoir? Créez-vous des partenariats avec des organismes comme les Repaires jeunesse, par exemple, pour familiariser les jeunes avec la technologie et le codage, de sorte que dans 15 ans, nous n’ayons plus le même problème de recrutement dont nous parlons depuis cinq à sept ans?

Lisa Bragg:
Lorsque je rencontre de nombreuses organisations dans des événements de réseautage, beaucoup de gens, en particulier des femmes de couleur, expriment de la frustration par rapport au fait que les choses ne bougent pas assez rapidement. Que répondez-vous à ça?

Shav Hasfal-McIntosh:
Je ne peux pas parler au nom de tout le monde, mais par rapport à ce que j’ai vu, je crois que lorsque les gens se penchent sur les problèmes liés au sexe, ils pensent surtout aux femmes blanches. Lorsqu’il commence à être question de race et d’origine ethnique, à être question d’identité intersectionnelle, d’orientation sexuelle et de handicap, les gens deviennent très mal à l’aise. Je pense que la frustration que ressentent les femmes de couleur ou celle que je ressens en tant que femme de couleur est le fait que, lorsque la question du sexe est abordée, on pense généralement aux problèmes des femmes blanches. J’ai vu ça très souvent. Les femmes de couleur se demandent quand on commencera à se pencher sur leur sort. Quand est-ce qu’on va penser à moi?

Shav Hasfal-McIntosh:
Ce qui est intéressant par rapport aux tendances en entrepreneuriat, c’est qu’il y a beaucoup de femmes de couleur, beaucoup de femmes noires en particulier, qui démarrent leur propre entreprise afin d’incarner le changement qu’elles aimeraient voir venir elles-mêmes. Elles ne vont pas attendre que le patriarcat facilite leur réussite. Elles vont le faire elles-mêmes à partir de zéro.

Lisa Bragg:
C’est bien d’accorder de l’importance à la diversité au moment d’embaucher des gens, mais encore faut-il avoir une approche continue. En quoi cela influence-t-il réellement vos équipes, selon vous? Parlez-m’en.

Shav Hasfal-McIntosh:
Oui. Nous faisons assurément les démarches habituelles pour la diversité et l’inclusion, c’est-à-dire que nous nous assurons d’avoir atténué les préjugés dans nos processus d’embauche et de ne rien laisser au hasard pour embaucher une équipe diversifiée. Mais je crois que ce qui m’interpelle vraiment ou ce qui me rend vraiment heureuse, c’est que nous sommes capables, en tant qu’équipe, d’avoir une incidence sur la façon dont nous concevons et commercialisons notre produit. Je passe beaucoup de temps à travailler avec nos équipes de marketing, en commençant par nos équipes de produits à l’approche de 2020, pour comprendre les choses et m’assurer que le produit que nous sommes en train de créer pourra servir à un public mondial. C’est comme lorsque nous choisissons avec qui nous allons tester notre produit. Comment est-ce qu’on doit choisir les commerçants?

Shav Hasfal-McIntosh:
Est-ce qu’il faut simplement ratisser très large et tester notre produit auprès de tous ceux qui sont disposés à le faire, ou est-ce qu’il faut adopter une approche délibérée et chercher plutôt des gens qui représentent différents types de personnes? Encore une fois, je crois qu’il est vraiment important, lorsque vous êtes une entreprise, de considérer la diversité non seulement du point de vue humain de la chose, mais aussi par rapport à la façon dont vous bâtissez votre entreprise, à la façon dont vous concevez votre produit et à la façon dont vous le commercialisez pour faire en sorte que les gens se reconnaissent eux-mêmes dans votre produit.

Lisa Bragg:
Parce que ça concerne la clientèle, ce qu’elle voit et non ce que nous essayons de lui dire…

Shav Hasfal-McIntosh:
Absolument. L’époque où vous ne parliez qu’à votre petite communauté est vraiment révolue de nos jours. Votre public est maintenant mondial. C’est ça, le pouvoir des médias sociaux, le pouvoir du commerce électronique. Vous pouvez aller au-delà de votre communauté immédiate et toucher l’ensemble de la planète.

Lisa Bragg:
Vous arrive-t-il d’avoir l’impression de freiner la progression de votre entreprise? Vous perçoit-on comme un grain de sable dans l’engrenage, un genre d’agente de police de la diversité qui peut freiner certaines initiatives?

Shav Hasfal-McIntosh:
J’ai assurément l’impression que c’est ainsi qu’on nous perçoit, et pas dans le sens traditionnel. Je crois qu’on veut être vus comme des partenaires stratégiques par les gens de l’entreprise, et non comme une simple liste de vérification, du genre « OK, on a partagé tous les aspects de marketing avec l’équipe de la diversité et de l’inclusion. On nous avait dit qu’il y avait de la diversité. On avait une personne noire et un Asiatique, et une autre disant faire partie de la communauté LGBTQ+. On avait tout… ». On essaie plutôt d’amener l’entreprise à travailler en partenariat avec nous au stade de la réflexion, à celui de l’idée, pour qu’on puisse dès le départ l’aider à concevoir le produit et ne pas avoir à dire au moment où l’on s’apprête à le livrer quelque chose comme : « Attendez un instant. Ce n’est pas aussi délibéré que ça pourrait l’être. » C’est à ce moment-là, quand on nous fait intervenir trop tard, qu’on a l’impression d’être un frein.

Shav Hasfal-McIntosh:
Si l’on nous fait participer plus tôt à la démarche, on peut vous aider à créer un meilleur produit, et qui ne veut pas créer le meilleur produit possible?

Lisa Bragg:
Lorsque nous faisions des sites Web, nous discutions d’accessibilité, de conception et d’intégration dès le départ pour avoir un produit bien plus gros et bien meilleur que tout le monde pouvait utiliser. Ça peut vous amener tellement plus loin et fonctionner beaucoup plus longtemps.

Shav Hasfal-McIntosh:
Absolument. Réglez ça, et tout le monde aura accès au produit et pourra l’utiliser.

Lisa Bragg:
Avez-vous des exemples de choses qui représentent des défis parce que tout n’est pas parfait? Nous apprenons tous et nous progressons tous grâce à ça. Pouvez-vous nous parler de certains défis que vous avez dû relever?

Shav Hasfal-McIntosh:
Les gens pensent que la diversité, ça se résume à quelque chose comme : « Oh, on a embauché des femmes à des postes techniques. On a fait notre travail. On peut cocher la case Diversité. » Croyez-vous que c’est vraiment comme ça que vous allez aider ces gens à réussir? Encore une fois, comme je l’ai dit plus tôt, il faut instaurer une culture dans laquelle les gens peuvent se présenter sous leur vrai jour en allant au bureau et simplement se concentrer sur leur travail, sans avoir à dissimuler leur véritable identité. La difficulté dans ça, c’est que je demande parfois aux gens de s’arrêter, de réfléchir et de modifier leurs comportements. Changer des comportements n’est pas quelque chose que les gens aiment faire, parce qu’ils sont occupés et qu’ils sont en train de travailler, de diriger des équipes et de créer des produits.

Shav Hasfal-McIntosh:
Dans certaines situations, je leur dis : « Il se peut que vous ne fassiez pas quelque chose de la meilleure façon possible », et c’est là que ça devient un défi. Encore une fois, il faut simplement inspirer les gens à être conscients de leurs agissements, à comprendre quels sont leurs préjugés et à penser différemment. Ça peut être difficile à faire valoir dans un monde où tout va si vite et où il y a tellement d’autres circonstances qui entrent en conflit les unes avec les autres. Changer ses comportements ou sa façon de se présenter n’est pas une priorité pour bien des gens.

Lisa Bragg:
Pour beaucoup de gens, c’est une question de culture. Ils sont influencés par ce qu’ils ont connu en grandissant. Pourquoi devraient-ils changer?

Shav Hasfal-McIntosh:
Absolument. Les gens se disent quelque chose comme : « Pourquoi est-ce que je devrais changer, moi? Pourquoi ce ne serait pas à cette personne de changer? » Encore une fois, on peut trouver une solution grâce au dialogue, et c’est ce qu’on essaie de mettre en application et d’inspirer. On peut trouver une solution grâce à l’éducation, en s’éduquant en tant qu’équipe. On a des ressources pour que les gens n’aient pas à faire tout ce genre de travail de fond. Mais ça part vraiment de l’éducation, de la conscience de soi et de la remise en question de ses idées. Encore une fois, comme je l’ai dit, ce n’est pas facile lorsque vous avez des échéances et des horaires à respecter, que vous avez des choses à envoyer et des bouches à nourrir à la maison, que vous devez amener les enfants au hockey. Ce n’est pas nécessairement ce que vous voulez faire, parce que ce n’est pas évident, c’est difficile et c’est inconfortable.

Lisa Bragg:
Comment a régi Shopify quand vous avez dit : « Oh! Attendez un instant. Nous ne pouvons pas faire ça. » Quelle a été leur réaction?

Shav Hasfal-McIntosh:
Encore une fois, j’avais la chance de pouvoir les aborder en étant appuyée par des données, ou en étant très bien informée, alors c’était difficile à remettre en question. Je ne venais pas leur dire d’arrêter simplement pour le plaisir de la chose. Je leur disais d’arrêter parce que j’avais une raison très convaincante de le faire. Encore une fois, ce que j’essaie vraiment de faire, mon principal objectif est qu’on offre le meilleur événement, le meilleur produit ou la meilleure campagne de marketing. C’est ce que j’essaie de faire. Il est difficile pour quelqu’un de dire : « Oh, je ne veux pas faire ça. Je vais simplement faire ce que j’ai fait ici. » C’est difficile de dire non à la logique, et j’essaie toujours d’aborder les choses d’un point de vue logique. Ça a bien fonctionné. On est une entreprise de recherche et de développement. Les gens ici aiment les données. Ils aiment la logique. Je ne fais qu’adapter mon approche en conséquence.

Lisa Bragg:
Vous connaissez donc vraiment les gens auxquels vous vous adressez.

Shav Hasfal-McIntosh:
Je passe littéralement une bonne partie de mes journées à parler aux gens. Je pense que parfois, les gens se demandent si je travaille, mais je le fais même quand je rentre chez moi. J’ai besoin d’améliorer mon équilibre travail-vie personnelle. Cela dit, j’essaie vraiment de comprendre non seulement les personnes, mais aussi nos activités, notre produit et la façon dont les gens abordent la résolution de problèmes. C’est ce qui fait que j’excelle dans mon travail. Je prends le temps d’apprendre à connaître les gens et de comprendre comment fonctionnent les choses.

Lisa Bragg:
Nous apprenons tous, et parfois, nous ne savions pas que nous ignorions certaines choses. Nous apprenons tous et nous progressons tous grâce à ça. Est-ce la réaction que vous obtenez lorsque vous mettez les gens au défi?

Shav Hasfal-McIntosh:
Oui. Encore une fois, c’est comme les compétences… Je crois que dans ce travail, ce qui est vraiment important, c’est d’être disposé à prendre les gens comme ils sont, au point où ils en sont, parfois. Quand vous faites ce travail tous les jours, c’est souvent facile de porter un jugement sur les gens et de ne pas être disposé à prendre les gens comme ils sont, mais c’est correct de le faire. Je pense que c’est important de le faire. Vous devez savoir quand il est nécessaire, encore une fois, de prendre les gens au point où ils en sont tout en vous attendant à ce qu’ils franchissent quelques étapes pour se rapprocher de votre position.

Lisa Bragg:
Beaucoup de propriétaires de PME nous écoutent. Comment peuvent-ils commencer à intégrer le point de vue de la diversité et de l’inclusion dans ce qu’ils font? Quel conseil leur donneriez-vous?

Shav Hasfal-McIntosh:
Je leur suggère de commencer à y réfléchir dès aujourd’hui. Peu importe si vous n’avez aucun employé, si vous avez 15 employés ou si vous en avez une centaine, vous pouvez intégrer délibérément la diversité et l’inclusion dans le fonctionnement de votre entreprise dès le début. Vous pouvez faire des choses très simples, par exemple revoir vos campagnes de marketing en veillant à utiliser délibérément certaines images et un certain langage. Google offre beaucoup de ressources pour vous aider à savoir comment utiliser un langage inclusif. Il y a des sites Web incroyables où vous pouvez aller pour obtenir des images de diversité. Je dis que, d’un point de vue très pratique, vous pouvez faire ça. Je crois que, dans un sens, ça dépend plutôt des fondations de votre entreprise.

Shav Hasfal-McIntosh:
Vous devez simplement commencer à réfléchir à vos valeurs en matière de culture et à votre mission, ainsi qu’à la façon dont vous allez vous présenter à la face du monde, et vous pouvez commencer à intégrer tout ça. En fait, si ce n’est pas intégré aux fondations de votre entreprise, vous aurez probablement de la difficulté à étendre vos belles intentions à l’échelle de l’entreprise ou ça n’aura pas l’air authentique aux yeux des personnes qui regardent votre entreprise. Les gens savent quand quelque chose n’est pas authentique. C’est la chose que je peux dire. Pour le meilleur ou pour le pire, on peut parler d’une « culture du bannissement ». Les gens savent quand vous n’êtes pas légitime, quand vous faites quelque chose simplement pour des questions de relations publiques. Commencez à y penser dès le premier jour.

Lisa Bragg:
Je crois que la diversité des voix vous aide vraiment à croître plus rapidement, parce qu’encore une fois, vous ne pouvez pas connaître ce que vous ignorez, et quelqu’un d’autre a ce point de vue qui peut vous aider à propulser votre entreprise beaucoup plus rapidement. Est-ce que c’est ce que vous avez constaté?

Shav Hasfal-McIntosh:
Oui, absolument. Cela dit, je crois que vous devez être prêt à écouter ces voix, n’est-ce pas? Ces voix ne doivent pas simplement exister. Si vous n’êtes pas prêt à les écouter, si vous n’êtes pas prêt à les inviter à votre table, ça ne va pas marcher.

Lisa Bragg:
Quand vous voulez embaucher des gens, vous devez le faire rapidement. Vous êtes en pleine expansion, alors vous vous tournez vers votre meilleur ami, vous vous tournez vers les membres de votre famille immédiate, et ce sont ces gens qui constituent votre bassin initial d’employés. Ça pose toutefois certains problèmes.

Shav Hasfal-McIntosh:
Oui, absolument. Je suis d’accord avec vous. Bien sûr, vous êtes dans une phase de démarrage. Vous vous démenez. Vous n’avez probablement pas beaucoup de capital, alors vous vous tournez simplement vers votre famille, vos amis, les gens qui font partie de votre cercle immédiat, les gens en qui vous pouvez avoir confiance pour vous aider à bâtir votre entreprise. Souvent, il y a une certaine homogénéité qui en découle et qui peut être difficile à rompre une fois que vous commencez à grandir. Ce qui arrive, c’est que les gens ont tendance à vraiment mettre à profit les recommandations, et ils recommandent des personnes qui leur ressemblent. Ça évolue donc avec votre entreprise.

Shav Hasfal-McIntosh:
Je crois qu’il est important pour une PME de rechercher activement des gens ou des mentors issus de différents milieux et qui représentent différentes dimensions de la diversité, parce qu’encore une fois, ça va simplement vous aider à bâtir une meilleure entreprise. Si vous pouvez embaucher quelqu’un qui est complètement différent de vous pour en faire votre employé numéro deux, la probabilité que vous créiez un produit percutant ou à tout le moins un produit qui a été testé de différents points de vue est vraiment très élevée. C’est une autre chose que vous pouvez faire comme propriétaire d’une PME d’un point de vue de la diversité et de l’inclusion. Au lieu de simplement vous tourner vers les gens autour de vous, vous auriez peut-être intérêt à réfléchir quelques instants et à regarder un peu plus loin, à faire du réseautage et à rencontrer des gens qui pourraient vous aider à développer votre entreprise d’un angle différent.

Lisa Bragg:
Je crois aussi qu’il faut aller chercher différents groupes de personnes. Ma troisième employée était quelqu’un que j’avais trouvé sur Twitter. J’avais publié un message en me disant « Je vais juste voir qui va me répondre », et j’ai fini par rencontrer des gens que je n’aurais pas imaginé rencontrer. Mon employée numéro trois était une vedette, et elle l’est toujours. Nous sommes toujours en contact dans la vie et elle poursuit son parcours, un parcours tout à fait unique, mais ça nous a permis de vivre l’expérience de côtoyer quelqu’un de différent. Elle vient quand même de la région, mais c’est quelqu’un que je n’aurais pas rencontré, parce que nous ne nous serions tout simplement pas croisées dans la vie de tous les jours.

Shav Hasfal-McIntosh:
C’est le pouvoir des médias sociaux. De Linkedin et de toutes les plateformes du genre. Ça donne simplement accès à un réseau élargi de personnes, alors il ne faut pas avoir peur d’en profiter.

Lisa Bragg:
Projetons-nous maintenant un peu dans l’avenir. Que voyez-vous?

Shav Hasfal-McIntosh:
Ça a l’air vraiment contre-intuitif, mais j’ai toujours dit ça pour n’importe quelle équipe dans laquelle j’ai travaillé, qu’un jour, nous n’aurons plus besoin d’avoir une équipe comme la mienne, parce que nos principes seront tellement ancrés dans les mentalités des gens que notre présence sera inutile. C’est mon plus grand espoir pour l’avenir, que notre équipe soit dissoute un jour, car ça voudra dire qu’on aura donné aux gens les outils nécessaires pour faire le travail eux-mêmes.

Lisa Bragg:
C’est simplement bon pour les affaires.

Shav Hasfal-McIntosh:
Oui. C’est simplement bon pour les affaires. Ça n’a pas besoin d’être plus que ça.

Lisa Bragg:
À Audacieu(se), nous posons à tout le monde les trois mêmes questions. Quelle est votre réalisation la plus audacieuse?

Shav Hasfal-McIntosh:
La chose la plus audacieuse que j’ai jamais faite… Assurément d’avoir laissé tomber l’université! Oui.

Lisa Bragg:
À quel moment auriez-vous aimé être plus audacieuse?

Shav Hasfal-McIntosh:
Au moment de négocier mon salaire lorsque j’ai obtenu mon premier emploi.

Lisa Bragg:
Que diriez-vous à la petite fille de 10 ans que vous étiez?

Shav Hasfal-McIntosh:
Ne laisse personne te dire ce que tu peux devenir et ce que tu peux faire. Rien n’est impossible…

Lisa Bragg:
C’est ce qui conclut cet épisode de Audacieu(se), qui vous a été présenté par BMOpourElles. Notre invitée d’aujourd’hui était Shav Hasfal-McIntosh, la responsable de la diversité et de l’appartenance chez Shopify. C’était Lisa Bragg. Si vous avez aimé cet épisode, veuillez vous abonner, partager l’épisode et l’évaluer. Merci de nous avoir écoutées.

 

À propos du balado:
Présenté par BMOpourElles et animé par la journaliste et entrepreneure primée Lisa Bragg, Audacieu(se) propose des entretiens qui suscitent la réflexion et qui incitent les auditeurs à prendre des décisions audacieuses, dans la vie comme en affaires.

 

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