Nom : Roushelle Reign
Entreprise : Roushelle Reign Design Haus
Secteur : Image de marque et conception graphique

 

Tanya : Bonjour! Je sais que les 45 prochaines minutes passeront très vite, car c’est toujours agréable de discuter avec vous. Parlez-moi de votre parcours vers l’entrepreneuriat?

Roushelle : Dès l’âge de 10 ans, je savais que je voulais être mon propre patron. Même quand j’étais jeune, je sortais toujours des sentiers battus et je voulais tracer ma propre voie. Lorsque je suis arrivée à l’université, je voulais me diriger vers l’entrepreneuriat, tandis que la plupart de mes camarades de classe visaient plutôt un emploi dans une agence. Beaucoup de mes enseignants ont essayé de me décourager, mais je suis heureuse de m’en être tenue à ma vision des choses.

Tanya : Il ne faut jamais sous-estimer l’importance d’être entourée de bons enseignants et de bons conseillers. Vous êtes très jeune. (Mais il faut dire que tout le monde est jeune pour moi!) A-t-on déjà essayé de se servir de votre âge pour vous nuire?

Roushelle : Oui. Oui, absolument. J’ai dû me séparer d’un important client à cause de cela. Comme il s’agissait d’une équipe, certains employés étaient formidables. Mais certains autres étaient très condescendants envers moi. Et parce que j’étais capable d’effectuer le double de leur travail du fait de mon expérience et de mes connaissances, alors qu’ils travaillaient dans le domaine depuis 20 ou 30 ans, ils se sentaient très menacés.

J’étais énormément sous-estimée à cause de mon âge, à cause de ma taille, parce que j’avais l’air d’avoir 10 ans.

Tanya : Absolument. Oui, c’est le cas!

Roushelle : La question de l’âge ne me dérange plus. Avant, oui, mais maintenant, ce n’est plus le cas. Ça dérange les autres. Ça les ramène à leurs propres insécurités.

Tanya : Comment composez-vous avec cela? En fin de compte, le problème que les autres éprouvent à votre égard, ce n’est pas votre problème à vous, mais quand cela vient affecter vos finances ou votre santé mentale, comment faites-vous pour vous en sortir? On ne peut pas modifier sa taille. Enfin, on peut, oui, mais pas vraiment. On ne peut pas modifier son âge. Comment composer avec cette réalité? Je veux dire, autrement qu’en s’en allant simplement.

Roushelle : J’avais l’habitude de garder toute cette tension en moi, en me disant : « Je n’arrive pas à croire ceci. Je n’arrive pas à croire cela. » Mais maintenant, je m’en s*cre complètement.

Tanya : J’aime ça! Je ne sais pas si je peux retranscrire des jurons, ici… On verra. Je vais peut-être me contenter de mettre des astérisques! (Rires.) Pouvez-vous nous parler de la façon dont la pandémie ou la crise raciale qui secouent actuellement le monde ont touché votre entreprise?

Roushelle : Certainement. L’an dernier fut ma meilleure année en matière de résultats, car je me suis décidée à augmenter mes tarifs. Mais cette année, la situation m’a véritablement affectée parce que j’ai dû encore une fois augmenter mes tarifs, et que ça m’inquiète de ne peut-être plus être aussi abordable, mais je ne peux pas m’arrêter à cela, n’est-ce pas? Ensuite, tout cela a eu une incidence sur ma façon de travailler l’an dernier. J’ai dû tenir beaucoup plus souvent mes clients par la main. Je devais littéralement devenir leur colonne vertébrale. Il s’agissait davantage de développer la relation avec mes clients et de leur donner des conseils sur la façon de réorienter leurs activités, plutôt que de simplement élaborer pour eux une stratégie de marque et de leur fournir des services de conception graphique. Ils se disaient : « Je ne peux pas offrir tel ou tel service, qu’est-ce que je vais faire? » Alors j’ai dû tourner le tout sous une forme numérique pour eux, de façon à ce qu’ils puissent continuer à obtenir un revenu.

Tanya : Considérez-vous que certaines femmes, noires ou autres, vous ont aidé dans votre croissance?

Roushelle : Ma maman. Bien sûr, Kike-Lola Odusanya repose en paix.

Tanya : Oui.

Roushelle : Quelques personnes en ligne qui m’intéressent vraiment, pour ce qu’elles font, la façon dont elles le font et qui elles sont. Comme Bozoma Saint John, elle était une sorte de mentor à distance. Et je dois dire une ou deux de mes clientes aussi, en raison de ce qu’elles font. Elles ont déteint sur moi comme j’ai déteint sur elles. Aisha Francis, Keisha Pinto et Denae Pier, que j’appelle « ma gestionnaire ».

Tanya : Il faut tout un village aussi pour élever une entrepreneure! Quelle est l’une des plus grandes difficultés auxquelles votre entreprise fait face en ce moment?

Roushelle : Les gens qui essaient de marchander les prix. Ils ne voient pas la valeur de ce que je fais par rapport au prix auquel je me fais payer. C’est là encore parce que je suis l’une des moins bien payées pour mon niveau de compétence et d’expertise.

Tanya : Que voudriez-vous que les gens sachent sur le fait d’être Noire et entrepreneure?

Roushelle : Nous n’avons pas toujours besoin d’être étiquetées. Nous sommes aussi de simples entrepreneures. Et de la même façon que vous soutenez les autres, vous devriez aussi nous soutenir, car nous sommes tout aussi talentueuses, sinon plus. Et nous n’essayons pas tous de faire la même chose. Je crois que les gens oublient cela.

Tanya : Qu’entendez-vous par là?

Roushelle : Je pourrais vous citer cinq stratèges ou créatrices de marque noires différentes, et nous ne voulons pas toutes faire la même chose. Une de mes connaissances a laissé tomber tout ce qui touche à la conception graphique pour se consacrer à l’enseignement, tandis que d’autres ne s’intéressent qu’à l’aspect artistique.

Pour ma part, je veux simplement me concentrer sur un certain créneau et un certain niveau. Je veux vraiment me rapprocher de mes clients. Je veux être leur référence dans le domaine de l’image de marque. Ce n’est pas parce que nous partageons les mêmes compétences, le même talent et la même couleur de peau que nous sommes toutes pareilles. J’ai l’œil. J’ai la vision. Nous nous distinguons toutes de façons différentes, alors il n’est pas juste de nous traiter de la même manière. Et je crois que tout le monde devrait faire honneur à un esprit brillant et respecté.

Tanya : C’est une excellente réponse.

Tanya : Comment les clients et les entreprises peuvent-ils soutenir les femmes noires en ce moment?

Roushelle : Communiquez avec elles quand vous les découvrez. Envoyez-leur un message et dites-leur à quel point elles sont une source d’inspiration pour vous. Et demandez-leur si elles aimeraient travailler avec vous. Voyez ensuite si elles cadrent bien avec vous. Ne les exploitez pas, mais voyez si elles s’harmonisent vraiment à ce que votre entreprise fait et à la façon dont elle fait les choses, car c’est par là que commence une véritable relation. C’est par là que commence un véritable partenariat. Je crois qu’il faut aller au-delà du nombre de vues sur Instagram, de la célébrité sur cette plateforme ou de l’engouement dans les médias sociaux. Allez au-delà de tout ça et voyez ce qu’elles font réellement au quotidien dans leur entreprise, ce qu’elles produisent réellement. Les résultats entraînent tout le reste.

Tanya : Vous êtes une sacrée visionnaire. Où vous voyez-vous, disons dans cinq ans, parce que 10 ans, ça peut paraître un peu loin?

Roushelle : Au début, je ne pensais pas agrandir mon entreprise. Mais aujourd’hui, prendre de l’expansion fait assurément partie de mes projets. Dans les cinq prochaines années, j’envisage ainsi d’embaucher peut-être de trois à six employés, pour constituer une équipe solide. Entièrement internationale, mais vraiment. Être assise sur le balcon de ma villa au bord de la Méditerranée, surplombant l’océan, à offrir mes services-conseils pour vous expliquer ce que vous devriez faire pour votre marque.

Voilà quel est mon objectif pour les cinq prochaines années. Et cet objectif convient à la fois à ma vie personnelle et à ma vie professionnelle. Parce que, sur le plan personnel, c’est là que je veux être, physiquement et mentalement. Et sur le plan professionnel, c’est là que je dois me rendre, du point de vue des finances et de la réussite. Je dois aller chercher quelques récompenses supplémentaires, en me surpassant et en poussant mon travail toujours plus loin, pour améliorer les façons de faire de mon entreprise et obtenir encore plus de résultats.

Tanya : C’est un bon point aussi de vouloir aller au-delà des réseaux sociaux et de leurs statistiques. Bon, disons que vous avez un tableau blanc devant vous et que vous planifiez l’avenir de votre entreprise, quel serait le client de rêve avec lequel vous aimeriez travailler?

Roushelle : Vous savez, j’en ai parlé l’autre jour. Dans le domaine du divertissement, je dirais Alkaline, le chanteur de dancehall. Je travaillerais avec Miss Univers. Je travaillerais avec Alex Perry, un créateur de mode. Oh, et avec une villa. Pas une grande chaîne hôtelière, mais simplement une villa sur la côte pour m’occuper d’un établissement de luxe.

Tanya : J’aime aussi la façon dont cette entrevue se traduit par une foule de manifestations et d’ondes positives. Comment parvenez-vous à trouver un équilibre entre votre vie personnelle et professionnelle?

Roushelle : Comment je trouve un équilibre? En fait, je n’avais pas vraiment un bon équilibre entre les deux, pour être honnête avec vous. Je suis quelqu’un qui n’arrête jamais. Et je me suis surchargée de travail au point d’être épuisée. Je n’ai pas travaillé depuis le début de l’année. Donc, cinq mois plus tard, je suis à peine de retour et j’essaie simplement de trouver cet équilibre, pour être très honnête. J’avais commencé à tout placer avant mon bonheur, et ça a eu des effets sur mon corps. Je l’ai ressenti dans mon corps, devrais-je dire. Puis, ça a commencé à se voir sur mon visage et tout le reste. Et maintenant, j’essaie de me remettre sur pied. Ou peut-être devrais-je dire de prendre un peu de recul, afin de pouvoir construire un meilleur moi. C’est la raison pour laquelle j’ai pris un congé sabbatique. Je n’ai donc pas d’équilibre du tout. J’essaie simplement de trouver une solution et de la mettre en œuvre dès maintenant. Et je m’applique à cela. Lorsque j’ai entrepris ce congé, un véritable parcours sabbatique, j’ai découvert ce qu’on appelle le « ralentisme » après en avoir rêvé.

Tanya : Qu’est-ce que c’est?

Roushelle : Je suis à la recherche d’un endroit, dans la liste des pays où j’aimerais vivre, où la vie se passe au ralenti. Et à l’heure actuelle, c’est ce qui se passe à Bali. C’est un cadre de vie qui donne envie de ne rien faire. Mais on est bien obligé de travailler, et c’est là que la recherche d’un véritable équilibre entre en jeu. Parce qu’on doit s’assurer de trouver une façon de rester concentré sur ses objectifs. Alors, oui, j’essaie toujours de trouver cet équilibre général.

Tanya : Je sais que vous le trouverez.

 

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Noire et déterminée est une série d’entrevues mensuelles menées par Tanya Hayles, entrepreneure nommée au palmarès des 25 femmes les plus influentes au Canada. Tanya est la fondatrice de Black Moms Connection, un village en ligne mondial de près de 20 000 personnes, qui est aussi un organisme sans but lucratif qui fournit des programmes et des outils financiers au moyen de subventions généreusement financés par BMO.